Carole Zalberg : «C’est une chose intime, le pardon»

Entretien avec Carole Zalberg, pour son livre « Je dansais ».

je dansais

Elle est lauréate du Prix Littérature-monde (2014), du Festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo. Grand Prix SGDL du livre Jeunesse (2008).

Les différents sujets abordés dans ce roman sont : la beauté, la laideur, la quête d’acceptation, la séquestration, l’incompréhension, etc.

Il y a aussi, et surtout, dans les œuvres de Carole Zalberg, un petit quelque chose de vrai, de précis, quand on lit ce qu’elle écrit, qui pousse toujours vers ses livres, on ne sait pas l’expliquer, c’est comme ça !

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Michel Tagne Foko : Pourquoi ce livre, et, pourquoi maintenant ?

Carole Zalberg : Ce livre est en quelque sorte l’aboutissement, ou en tout cas un concentré de tous les autres. On y retrouve, les premiers retours de lecteurs le confirment, les sujets qui me passionnent ou me hantent : enfermement, arrachement, filiation, rapport au corps et à l’apparence… Difficile de dire pourquoi précisément maintenant. Il me semble que le suivant, mon chantier actuel, ouvre un nouveau cycle. Mais je serai peut-être encore une fois rattrapée par les voix qui m’habitent.

Michel Tagne Foko : Dans « Je dansais », pourquoi le choix du « roman choral » ?

Carole Zalberg : Pour le travail des voix, précisément. C’est à la fois un très grand plaisir d’écriture et la façon la plus sensible d’incarner les personnages, par leur musique ou celle qu’un narrateur « jouera » pour porter leur histoire.

Michel Tagne Foko : Pourquoi avoir choisi un homme laid comme ravisseur ? La laideur est-elle synonyme de noirceur ? Un laid est-il un monstre ?

Carole Zalberg : Bien sûr que non. Il faudrait d’abord définir ce qu’est un monstre. Je me méfie de ce terme qui englobe et, surtout, sort de l’humanité. Les pires des bourreaux n’en sont pas moins humains, même si cette idée nous est insupportable. Donner au ravisseur les traits d’un monstre, c’était donner accès à son humanité, justement, au récit qui le forge. Par ailleurs, un physique qui provoque du rejet, du dégoût, peut engendrer de l’amertume, voire de la haine chez celui qui les subit. C’est loin d’être systématique et ce n’est pas le propos dans « Je dansais ». Édouard agit par ce qu’il croit être de l’amour, par ce qui, à ses yeux, est bel et bien de l’amour, pas par haine. Enfermement, là encore, dans une réalité qui ne rencontre pas celle de Marie, ne la voit pas.

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Michel Tagne Foko : Que dire à ceux qui pourront être choqués par la description sympathique que vous faites d’Édouard ? Donne-t-on la parole aux kidnappeurs et aux violeurs ? Manuel Valls, en ce qui concerne la radicalisation, disait : « Il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser ». L’écrivain Germaine de Staël, dans Corinne ou l’Italie (1807), a dit : « Comprendre, c’est pardonné »…

Carole Zalberg : En tant qu’écrivain, je ne fais que cela, creuser, chercher sous la surface, démonter les mécanismes, les enchaînements, les déraillements. Il est évident, je crois, que je ne cautionne rien des actes d’Édouard. Tout le roman met au jour cette violence qui, si souvent, infuse le désir des hommes. Mais il ne m’appartient pas de décider si l’on doit pardonner ou non et à qui. C’est une chose intime, le pardon.

Michel Tagne Foko : Comment réussit-on, comme vous, à parler d’un sujet si grave, sans jamais tomber dans le pathos ?

Carole Zalberg : Merci pour ce constat. Plus le sujet est grave, plus le pathos est à proscrire. On est touché par la densité d’un texte, par sa justesse, pas par des effets ou des intentions appuyées. Et puis il y aurait une réelle indécence à en rajouter.

Michel Tagne Foko : Chacun de nous a sa propre définition de la culture, et vous, comment la définissez-vous ?

Carole Zalberg : La culture, pour moi, c’est tout ce que je reçois du monde et qui me compose, m’inspire, me fait avancer, souvent à mon insu. Ce n’est en tout cas pas une somme de savoirs arrêtés, que l’on pourrait exhiber à la moindre occasion. Surtout, ce n’est pas une béquille. La culture ne doit pas nous donner l’illusion de tout maîtriser. Ce serait la fin de la curiosité et de la soif d’apprendre de l’autre. Je dois avouer, par ailleurs, que j’ai une mémoire de petit poisson et n’ai, de toute façon, jamais pu compter sur des réserves de noms, de citations, d’anecdotes spirituelles pour briller en société ni pour nourrir mes livres.

Michel Tagne Foko : Serait-il possible de nous parler de l’un de vos plus beaux moments de culture ?

Carole Zalberg : Il y en a tant ! J’en citerai deux. Il y a fort longtemps, une exposition de Niki de Saint Phalle à Beaubourg, avec ma mère et en présence de l’artiste. Je devais avoir une quinzaine d’années. J’ai été très marquée par cette petite femme incandescente, dégageant une force phénoménale. Et, plus largement, j’aime que soient réunis des esprits ouverts et brillants, qu’ils échangent, s’interrogent, inventent ensemble et en public. Rien de plus stimulant que l’intelligence en action, quand elle est généreuse. 

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Agenda 2017 de l’auteure :

Du 20 au 24 mars : festival Bellas Francesas à Bogotá, Colombie

26 mars de 17 à 18h : dédicace sur le stand Grasset au Salon du Livre de Paris

Du 30 mars au 2 avril : Escale du livre à Bordeaux

7 avril : soirée autour de la revue Apulée, Maison de la poésie à Paris

8 et 9 avril : Salon du livre d’Autun

21 avril : café littéraire à Brunoy

Du 19 avril à fin juillet : « Feu pour feu » au Théâtre de Belleville.

Du 27 au 30 avril : Lecture en tête, Laval

14 mai : salon du livre de la Wizo

20 et 21 mai : Salon Epoque, Caen.

24 juin : festival Clameurs, Dijon

ETC.

Résumé du livre :

Marie, treize ans, est enlevée et séquestrée. Tour à tour le ravisseur et la victime racontent : lui ce qu’il croit être de l’amour, elle sa résistance intime, son acharnement à vivre. Avec une poésie et une intensité rares, Carole Zalberg ose confronter des voix que tout semble éloigner, creuser les paradoxes de la réclusion et de la liberté.

Ma sélection de livres du mois de février 2017

01 

Je dansais – Carole Zalberg

Marie, treize ans, est enlevée et séquestrée. Tour à tour le ravisseur et la victime racontent : lui ce qu’il croit être de l’amour, elle sa résistance intime, son acharnement à vivre. Avec une poésie et une intensité rares, Carole Zalberg ose confronter des voix que tout semble éloigner, creuser les paradoxes de la réclusion et de la liberté.

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02

Que du bonheur ! – Céline Charlès

Le quotidien d’une maman débutante !
Avoir un enfant, quelle aventure ! De l’envie de donner la vie jusqu’à l’entrée du petit bout à l’école, l’apprenti maman passe par des phases de questionnement intense, de joie gigantesque et de dépression abyssale. Du choix d’arrêter la pilule aux aléas de la grossesse au quotidien, de l’accouchement aux galères de la nouvelle « vie de famille », Céline Charlès parcourt toutes les étapes du fabuleux « road trip » qui consiste à avoir un enfant.

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03

Elle voulait juste marcher tout droit – Sarah Barukh

1946. La guerre est finie depuis quelques mois lorsqu’Alice, huit ans, rencontre pour la première fois sa mère. Après des années à vivre cachée dans une ferme auprès de sa nourrice, la petite fille doit tout quitter pour suivre cette femme dont elle ne sait rien et qui lui fait peur, avec son drôle de tatouage sur le bras. C’est le début d’un long voyage : de Paris à New York, Alice va découvrir le secret de son passé, et quitter à jamais l’enfance. 

Comment trouver son chemin dans un monde dévasté par la guerre ? Avec une sensibilité infinie, Sarah Barukh exprime les sentiments et les émotions d’une enfant prise dans la tourmente de l’Histoire. Un premier roman magistral.

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04

Quelqu’un à qui parler – Cyril Massarotto

Samuel fête ses trente-cinq ans, seul face à des assiettes vides. La déprime est proche. Il attrape alors son téléphone mais réalise qu’il n’a personne à qui parler. Soudain, un numéro lui revient en mémoire : celui de son enfance et de la maison du bonheur familial depuis trop longtemps disparu. 

Tiens, et s’il appelait ? À sa grande surprise, quelqu’un décroche. Et pas n’importe qui : c’est à lui-même, âgé de dix ans, qu’il est en train de parler ! Mais que dire à l’enfant que l’on était vingt-cinq ans plus tôt ? 

Finalement, chaque soir, à travers ce téléphone, Samuel va s’interroger : l’enfant que j’étais serait-il fier de ma vie ? Aurait-il vraiment envie de devenir l’adulte que je suis aujourd’hui ? Ne l’ai-je pas trahi en renonçant à mes rêves ?  

Grâce à ce dialogue inattendu et inespéré, Samuel va, peu à peu, devenir acteur de sa vie. Et avancer, enfin ! 

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05

Hope – Loulou ROBERT

Bianca vient de quitter la France en laissant derrière elle son mal de vivre. De New York, elle absorbe sans retenue l’énergie frénétique, se laisse entraîner par un tourbillon de rencontres, découvre l’univers du mannequinat, sa violence et sa solitude. Aux prises avec la complexité d’une ville aussi bouillonnante que ses émotions, Bianca doit apprivoiser ses fantômes et apprendre à slalomer parmi les vivants.

Dans cette fresque en perpétuel mouvement, on retrouve l’héroïne du premier roman de Loulou Robert, Bianca, paru en 2016. Avec son écriture sauvage et son sens inné de la narration, l’auteure poursuit ici son exploration du récit initiatique.

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06

Lonely child – Pascale Roze

Odile Mourtier a traversé presque toute l’épopée du vingtième siècle. À la fin de sa vie, cette riche héritière sans enfant désire risquer sa fortune. Le hasard s’en mêle, qui fait revenir à sa mémoire le petit Amazouz recueilli par son grand-père.
 
Quelle relation s’est nouée entre l’enfant des montagnes de l’Atlas et l’officier engagé dans la « pacification » du Maroc ?
 
Pour le comprendre, elle part à la recherche des descendants d’Amazouz.
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«Je dansais» Carole Zalberg

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« Ici tout le monde est captif. Marie est captive de son ravisseur, Édouard ; Édouard est captif de son propre visage dévasté et du scénario amoureux délirant qu’il a tissé avec cette petite fille croisée dans la rue. Les parents de Marie sont prisonniers du vide laissé par leur enfant disparu. Et les femmes, partout et de tout temps, sont en butte à la violence des hommes.
De cet enfermement, pourtant, naît une force : celle des victoires infimes et précieuses, de l’invention de soi, d’une forme puissante de survie. C’est ce feu-là que traque ce roman, le chant polyphonique des empêchés. »

Marie, treize ans, est enlevée et séquestrée. Tour à tour le ravisseur et la victime racontent : lui ce qu’il croit être de l’amour, elle sa résistance intime, son acharnement à vivre. Avec une poésie et une intensité rares, Carole Zalberg ose confronter des voix que tout semble éloigner, creuser les paradoxes de la réclusion et de la liberté.

L’auteure:

Carole Zalberg est l’auteur de dix romans. Son dernier livre, Feu pour feu, est paru chez Actes Sud en 2014 et a obtenu le prix Littérature-Monde.
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