Inorie Fotso : « Dans la vraie vie comme dans mes chansons, je prône l’ouverture d’esprit»

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Rencontre à Miami Beach (Floride, États-Unis d’Amérique) avec l’artiste Inorie Fotso, à l’occasion de la sortie de son nouvel album

Renaissance

Miami Beach. Il est 13 h. Il fait beau. Les vagues déferlent onctueusement sur les bords de plage. Le long du parcours, nos pieds dans le sable fin et chaud. Devant nous, un océan bleu azur. Un si bon moment pour un échange au cœur de la Floride.

Inorie Fotso est une artiste chanteuse, chef d’entreprise, actrice, réalisatrice et productrice de cinéma établie aux USA. Elle décida de se frayer elle-même son chemin, empruntant ainsi la voie du show-business.

 

Michel Tagne Foko : Avant de commencer cet entretien sur le fond, parlez-nous un peu de votre parcours artistique.

Inorie Fotso : Chaque jour, j’ai l’opportunité de vivre ma passion aux côtés de gens incroyables, que ce soit en l’exerçant devant une audience ou encore en échangeant avec d’autres artistes. Le but étant pour moi d’inspirer et d’impacter des vies par ce biais. Jusqu’à présent dans le show-business, ce monde du sublime et des rêves hantent mes ambitions depuis ma tendre enfance, me voilà promptement happée, face au rêve américain, face à la réalité. C’est ainsi qu’on me retrouve pour mon premier film dans « American Dream » aux côtés des célèbres artistes et compatriotes « Les Nubians ». Ce film, où ma prestation m’a valu une nomination au festival des films africains dénommé NAFCA AWARDS.

Cette nomination fut un tremplin pour mon accession à la gloire. Ayant tapé dans l’œil de quelques spécialistes, un contrat m’est proposé à la Chewls Model& Management, une maison renommée de mode où plus tard j’occupai le poste de « Chief executive officer ». Une position qui fit de moi l’un des membres du jury de la célèbre « Miss Africa Beauty Pageant », un concours de beauté noire à audience considérable dans l’État de New York.

Puis s’en sont suivis de multiples rôles dans les films de Nollywood, notamment

X-Class » où mon talent est dévoilé au grand public pour y avoir joué le rôle principal aux côtés des vedettes de cette galaxie, à savoir l’acteur ghanéen John Dumelo et l’actrice Nigeria J.J Bunny, pour n’en citer que quelques-uns. Un film à grand succès sur le marché international. Peu après, mon amour pour l’entreuprenariat et la musique prirent le dessus et donnèrent naissance à ma structure de production : In’Fo Entertainment Group. 

Je me suis surtout aperçue que j’étais une touche-à-tout et que tout m’intéressait avec le même engouement. Je demeure curieuse de voir et d’apprendre tout ce que l’on peut faire dans ce métier. Exactement, comme lorsque je suis devant un buffet à volonté, je ne peux pas m’empêcher de goûter d’abord un peu à tout, avant de me resservir en plus grande quantité !

 Michel Tagne Foko : Vous nous présentez aujourd’hui « Renaissance », votre nouvel album. Quel est le fil conducteur de cette œuvre ? Quels messages voulez-vous faire passer ?

Inorie Fotso : En écoutant ce nouvel album, vous constaterez que même s’il y a des morceaux différents, il y a des repères qui vous projettent dans les chansons précédentes. Le fil conducteur ici est le texte et l’identité sonore de l’album. Le fond/concept reste le même, mais c’est la forme qui prend de l’ampleur et change.

Quant au message, mon but est de faire passer des émotions fortes, le vécu du quotidien, les vicissitudes de la vie (l’amour, la haine, la trahison), une énergie intense et particulière. Je suis quelqu’un qui marche à l’intuition et à l’instinct. Dans la vraie vie comme dans mes chansons, je prône l’ouverture d’esprit : je ne veux prendre en compte ni les religions, ni les couleurs de peau, ni les orientations sexuelles des uns ou des autres. Il est vital d’essayer de s’affranchir au maximum de ceux/celles qui croient à l’impossible, alors que le possible est accessible, il est bien réel et réalisable. Il suffit d’y croire, il suffit d’un petit brin de foi.

 Michel Tagne Foko : Lorsqu’on commence à écouter cet album, on constate de suite qu’il y a quelque chose de changé par rapport à vos précédentes chansons. Est-ce volontaire ? 

Inorie Fotso : C’est un disque plus vital, plus varié, on y retrouve des sonorités à saveur Afro Pop dansante, électriques et parfois pléthoriques, mais dans lequel se regroupent des rythmes contemporains. Musicalement, il est plus dense, plus arrangé, mais surtout plus rythmique.

Je soulignerai aussi que cet album est le fruit d’un travail de longue haleine, sous la supervision d’un coaching vocal, d’une équipe dotée de talent et d’expérience. Cette équipe/label a un nom : ZONZEE MUSIC.  Hormis l’aspect professionnel, nous formons maintenant une famille. À noter que sans leurs paroles d’encouragement, et surtout pour cet intérêt qui est le leur de me voir exceller dans le domaine choisi, je n’y serais pas arrivée toute seule. Chaque épreuve est comme une sorte de défi à relever. Le chemin est long certes, mais on avance !

 Michel Tagne Foko : Dans cet album, on constate aussi une reprise. Il s’agit de « Secret Lover ». Pourquoi cette chanson-là, et pourquoi le choix du chanteur sénégalais Wally Seck ?

Inorie Fotso : Avant d’être un artiste talentueux de sa génération, Wally Seck est d’abord mon ami. Sur le plan artistique, ses œuvres et son dévouement pour sa passion sont inspirants et très remarquables. Pour ma part, je n’ai pas vraiment de chanteur préféré, mais plutôt un type de voix qui me fait littéralement fondre, et celle de Wally en fait partie. En découvrant son répertoire musical, l’une des chansons qui m’a marquée le plus est « Impossible Love ». À ce moment précis, il me vint à l’idée de la remixer, mais en l’adaptant à mon type de sonorité. Et c’est comme ça qu’après un entretien fructueux à ce sujet auprès de mon équipe, est née la chanson « Secret Lover » : un extrait de mon album inspiré du titre « Impossible Love » de Wally. J’aimerais aussi souligner que cette chanson n’est pas uniquement une reprise musicale. Celle-ci est plutôt une création de genres musicaux revisités par mon label, qu’ils ont nouvellement baptisé « Afro Rn’b Mbalax ». À travers ce remix, je rends hommage à mon ami/cet artiste talentueux qui impacte positivement sa génération. Ceci est aussi ma façon de le remercier pour cette belle dédicace qu’il m’a faite dans sa chanson « ONLY LOVE », l’un des titres de son dernier album intitulé  » XEL ».

Michel Tagne Foko : Parlez-nous un peu de « Whine up ». À quand le vidéogramme ?  

Inorie Fotso : « Whine up » est la chanson leader de l’album. Un rythme afro pop très dansant qui autorise une grande liberté de mouvement. En parallèle, elle est aussi une chanson dans laquelle j’exprime ma fierté d’être « Bamiléké camerounaise/africaine ! NB : je ne suis pas tribaliste svp, toujours est-il que c’est l’Afrique qui gagne. Sur ce, je vous laisse le temps de la découvrir en attendant le vidéogramme qui est en cours de réalisation.

Michel Tagne Foko : Vous signez toujours avec : « la princesse des Eaux sacrées ». Qu’est-ce que ça signifie ?

Inorie Fotso : Il était une fois un proche, dont je tairai le nom, qui décida de me baptiser « La Princesse des Eaux sacrées » ! Une appellation honorable qui symbolise ma personnalité. L’eau étant la source de vie, son étendue et sa profondeur étant illimitées, sa beauté « au sens propre » étant fascinante… et devinez quoi ? Nul ne connait sa provenance. Ce sont toutes ces caractéristiques qui font son charme et son mystère. Alors, chers lecteurs, permettez-moi de me présenter à nouveau :

Je suis Inorie Fotso, la seule et unique « Princesse des Eaux sacrées »

Michel Tagne Foko : Chacun de nous a une définition qui lui est propre de la culture. Et vous, comment la définissez-vous ?

Inorie Fotso : Il faut déjà faire la distinction entre la culture (culture générale) et les cultures (sens anthropologique, ethnologique), car le terme « culture » véhicule différents sens…

— La culture selon moi est le « savoir » issu des « anciens » (générations d’avant et les précédentes), des croyances, des mythes ou aussi des vérités qui sont transmises via l’instruction ou l’éducation, et souvent aussi via notre entourage social ou familial. De ce fait, elle englobe les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances, etc.

Michel Tagne Foko : Un mot pour vos fans et lecteurs  

Inorie Fotso : Ce ne sont peut-être que des mots volages aux yeux des uns, mais qui pour moi viennent du fond du cœur. À vous qui m’aimez et me lisez à cet instant, recevez une pluie torrentielle d’amour venant des profondeurs de mon être.

Je vous aime encore plus, et je vous remercie du constant soutien. Pendant que je retiens votre attention à travers ses quelques lignes, je souhaiterais connaitre vos opinions au sujet des styles musicaux que je vous offre dans ce nouvel album. J’aimerais aussi connaitre les rythmes sur lesquels vous souhaiterez me voir chanter. Par ailleurs, j’aimerais également que l’on débatte sur des sujets divers, proposez-moi un thème, un projet que nous pourrons ensemble réaliser au Cameroun et ailleurs. De ce pas, je vous invite pour un échange enrichissant dans le forum de discussion sur mon site web : http://www.inoriefotsoworld.com

À vos claviers… Partez !

Michel Tagne Foko : Votre agenda pour 2017 

Inorie Fotso : Tournées et concerts au rendez-vous ! Les annonces des dates vous seront communiquées incessamment. Restez connectés en permanence à mon actualité.

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Carole Zalberg : «C’est une chose intime, le pardon»

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Entretien avec Carole Zalberg, pour son livre « Je dansais ».

je dansais

Elle est lauréate du Prix Littérature-monde (2014), du Festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo. Grand Prix SGDL du livre Jeunesse (2008).

Les différents sujets abordés dans ce roman sont : la beauté, la laideur, la quête d’acceptation, la séquestration, l’incompréhension, etc.

Il y a aussi, et surtout, dans les œuvres de Carole Zalberg, un petit quelque chose de vrai, de précis, quand on lit ce qu’elle écrit, qui pousse toujours vers ses livres, on ne sait pas l’expliquer, c’est comme ça !

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Michel Tagne Foko : Pourquoi ce livre, et, pourquoi maintenant ?

Carole Zalberg : Ce livre est en quelque sorte l’aboutissement, ou en tout cas un concentré de tous les autres. On y retrouve, les premiers retours de lecteurs le confirment, les sujets qui me passionnent ou me hantent : enfermement, arrachement, filiation, rapport au corps et à l’apparence… Difficile de dire pourquoi précisément maintenant. Il me semble que le suivant, mon chantier actuel, ouvre un nouveau cycle. Mais je serai peut-être encore une fois rattrapée par les voix qui m’habitent.

Michel Tagne Foko : Dans « Je dansais », pourquoi le choix du « roman choral » ?

Carole Zalberg : Pour le travail des voix, précisément. C’est à la fois un très grand plaisir d’écriture et la façon la plus sensible d’incarner les personnages, par leur musique ou celle qu’un narrateur « jouera » pour porter leur histoire.

Michel Tagne Foko : Pourquoi avoir choisi un homme laid comme ravisseur ? La laideur est-elle synonyme de noirceur ? Un laid est-il un monstre ?

Carole Zalberg : Bien sûr que non. Il faudrait d’abord définir ce qu’est un monstre. Je me méfie de ce terme qui englobe et, surtout, sort de l’humanité. Les pires des bourreaux n’en sont pas moins humains, même si cette idée nous est insupportable. Donner au ravisseur les traits d’un monstre, c’était donner accès à son humanité, justement, au récit qui le forge. Par ailleurs, un physique qui provoque du rejet, du dégoût, peut engendrer de l’amertume, voire de la haine chez celui qui les subit. C’est loin d’être systématique et ce n’est pas le propos dans « Je dansais ». Édouard agit par ce qu’il croit être de l’amour, par ce qui, à ses yeux, est bel et bien de l’amour, pas par haine. Enfermement, là encore, dans une réalité qui ne rencontre pas celle de Marie, ne la voit pas.

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Michel Tagne Foko : Que dire à ceux qui pourront être choqués par la description sympathique que vous faites d’Édouard ? Donne-t-on la parole aux kidnappeurs et aux violeurs ? Manuel Valls, en ce qui concerne la radicalisation, disait : « Il ne peut y avoir aucune explication qui vaille. Car expliquer, c’est déjà vouloir un peu excuser ». L’écrivain Germaine de Staël, dans Corinne ou l’Italie (1807), a dit : « Comprendre, c’est pardonné »…

Carole Zalberg : En tant qu’écrivain, je ne fais que cela, creuser, chercher sous la surface, démonter les mécanismes, les enchaînements, les déraillements. Il est évident, je crois, que je ne cautionne rien des actes d’Édouard. Tout le roman met au jour cette violence qui, si souvent, infuse le désir des hommes. Mais il ne m’appartient pas de décider si l’on doit pardonner ou non et à qui. C’est une chose intime, le pardon.

Michel Tagne Foko : Comment réussit-on, comme vous, à parler d’un sujet si grave, sans jamais tomber dans le pathos ?

Carole Zalberg : Merci pour ce constat. Plus le sujet est grave, plus le pathos est à proscrire. On est touché par la densité d’un texte, par sa justesse, pas par des effets ou des intentions appuyées. Et puis il y aurait une réelle indécence à en rajouter.

Michel Tagne Foko : Chacun de nous a sa propre définition de la culture, et vous, comment la définissez-vous ?

Carole Zalberg : La culture, pour moi, c’est tout ce que je reçois du monde et qui me compose, m’inspire, me fait avancer, souvent à mon insu. Ce n’est en tout cas pas une somme de savoirs arrêtés, que l’on pourrait exhiber à la moindre occasion. Surtout, ce n’est pas une béquille. La culture ne doit pas nous donner l’illusion de tout maîtriser. Ce serait la fin de la curiosité et de la soif d’apprendre de l’autre. Je dois avouer, par ailleurs, que j’ai une mémoire de petit poisson et n’ai, de toute façon, jamais pu compter sur des réserves de noms, de citations, d’anecdotes spirituelles pour briller en société ni pour nourrir mes livres.

Michel Tagne Foko : Serait-il possible de nous parler de l’un de vos plus beaux moments de culture ?

Carole Zalberg : Il y en a tant ! J’en citerai deux. Il y a fort longtemps, une exposition de Niki de Saint Phalle à Beaubourg, avec ma mère et en présence de l’artiste. Je devais avoir une quinzaine d’années. J’ai été très marquée par cette petite femme incandescente, dégageant une force phénoménale. Et, plus largement, j’aime que soient réunis des esprits ouverts et brillants, qu’ils échangent, s’interrogent, inventent ensemble et en public. Rien de plus stimulant que l’intelligence en action, quand elle est généreuse. 

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Agenda 2017 de l’auteure :

Du 20 au 24 mars : festival Bellas Francesas à Bogotá, Colombie

26 mars de 17 à 18h : dédicace sur le stand Grasset au Salon du Livre de Paris

Du 30 mars au 2 avril : Escale du livre à Bordeaux

7 avril : soirée autour de la revue Apulée, Maison de la poésie à Paris

8 et 9 avril : Salon du livre d’Autun

21 avril : café littéraire à Brunoy

Du 19 avril à fin juillet : « Feu pour feu » au Théâtre de Belleville.

Du 27 au 30 avril : Lecture en tête, Laval

14 mai : salon du livre de la Wizo

20 et 21 mai : Salon Epoque, Caen.

24 juin : festival Clameurs, Dijon

ETC.

Résumé du livre :

Marie, treize ans, est enlevée et séquestrée. Tour à tour le ravisseur et la victime racontent : lui ce qu’il croit être de l’amour, elle sa résistance intime, son acharnement à vivre. Avec une poésie et une intensité rares, Carole Zalberg ose confronter des voix que tout semble éloigner, creuser les paradoxes de la réclusion et de la liberté.

EXCLUSIVITE. Caroline Riegel : « j’étais la seule à pouvoir le faire »

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Nous recevons aujourd’hui une femme au grand cœur, humaniste et globe-trotteur, écrivain aux multiples récompenses, et aujourd’hui réalisatrice d’un premier documentaire aux multiples distinctions, appelé « Semeuses de Joie ». Le film a obtenu, entre autres, le Prix spécial Ushuaïa TV ; Diable d’or 2016 au festival international du film alpin des Diablerets ; grand Prix du Jury au festival Retours du Monde ; Grand Prix du public au festival Regards D’altitudes ; Prix du public au FIFMA 2015, etc.

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Michel Tagne Foko : Qu’est-ce qu’on ressent quand son premier documentaire reçoit de nombreux prix ? 

Caroline Riegel : Beaucoup de joie, un peu de fierté et le sentiment d’être encouragée. Mais c’est surtout les réactions du public, les échanges lors des nombreuses conférences, les relations qui en découlent, les mots des spectateurs et la joie partagée avec les nonnes lorsqu’elles étaient en France qui ont été une incroyable récompense aux efforts et à l’énergie inimaginable déployée pour aller au bout de ce rêve un peu fou.

Michel Tagne Foko : Parlez-nous un peu du film « Semeuses de joie »  

Caroline Riegel : Semeuses de Joie raconte la promesse tenue à des nonnes bouddhistes de la vallée du Zanskar, dans l’Himalaya indien, promesse d’emmener ces femmes qui n’ont guère reçu d’enseignement, fut-il laïque ou religieux, découvrir leur vaste pays l’Inde. La plupart n’avaient jamais quitté leur vallée perchée à plus de 3 500 m entre le Tibet et le Kashmir. Il raconte aussi une incroyable amitié qui a débuté durant l’hiver 2004-2005 au cœur d’un long périple à travers l’Asie : celle de la réalisatrice qui filme en caméra subjective avec ces nonnes d’un autre temps, gardiennes d’une culture ancestrale et d’une joyeuse sagesse.

Michel Tagne Foko : Pourquoi ce film ?

Caroline Riegel : Parce que c’est le seul outil de mémoire au langage universel, outil qui devait aussi bien être utile ici chez moi, que là-bas, au Zanskar, pays de mes amies. Parce que c’était pour moi une belle occasion de rendre hommage à des femmes remarquables, dont la joie, la générosité et le sens de l’harmonie m’ont profondément bouleversée.

C’est un premier film, je n’avais aucune expérience en la matière, mais ce sentiment fort que faire ce documentaire avait un sens honnête et que j’étais la seule à pouvoir le faire pour partager sans l’altérer l’intimité de ces femmes.

Michel Tagne Foko : Qui est réellement Caroline Riegel ? 

Caroline Riegel : Je ne sais pas bien… Une femme aux semelles de vent, une citoyenne du monde à mille et une vies, éprise de liberté, foncièrement indépendante, mais pas solitaire pour un sou, une personne à l’énergie un peu débordante, à qui l’ennui ne sied guère et qui n’a de cesse de vouloir comprendre pourquoi le monde n’est pas tout simplement pas plus juste.

Michel Tagne Foko : Parlez-nous un peu de vos livres  » Soifs d’Orient et Méandres d’Asie – Du Baïkal au Bengale », publiés chez Phébus éditions.

Caroline Riegel : Ce récit en deux tomes raconte mon voyage initiatique de 2 ans à travers l’Asie, seule, du lac Baïkal au golfe du Bengale, au fil de l’eau. Il s’agit d’un voyage aux confins de contrées où l’homme vit et subit encore les « caprices » de l’eau. J’ai souhaité m’adapter au plus près des populations locales (lac Baïkal, désert de Gobi, KunLun, Hiver himalayen, Gange, Mousson, Bangladesh) et traverser ces régions avec les moyens de déplacement locaux (chevaux, âne, chameau, bicyclette indienne, bateaux…). En parallèle de ma découverte de terrain, j’ai rencontré des scientifiques, des glaciologues, des chercheurs, des ingénieurs, des entrepreneurs, tous travaillant autour de l’eau dans les régions traversées.

C’est au cœur de ce voyage que j’ai vécu mon premier hiver himalayen au Zanskar et rencontré les nonnes de Tungri, protagonistes du film Semeuses de Joie.

Ces livres ont reçu plusieurs prix et m’ont amenée à donner de nombreuses conférences aussi bien dans le domaine de la littérature, du voyage ou de la science.

Michel Tagne Foko : Parlez-nous un peu de l’association « Thigspa »

Caroline Riegel : Au départ, l’association est née de l’envie de pouvoir utiliser les bénéfices éventuels du film pour la nonnerie. C’était sans compter que faire le film a été beaucoup plus compliqué, long et coûteux qu’imaginé. C’était sans savoir également qu’une école ouvrirait ses portes à la nonnerie alors même que nous étions en voyage.

Au retour de notre voyage en Inde, le manque de place, d’infrastructures et d’espace dédié à l’enseignement était tellement fort à la nonnerie, que je me suis lancée dans le projet de construction de l’école. Avoir réussi à faire un film en parallèle de ce projet d’école, et plus en amont, avoir réalisé un voyage qui coïncide avec l’ouverture d’une école, seule promesse d’avenir pour la nonnerie, relève presque du miracle. Porter avec ce film l’avenir et les projets de la nonnerie a de fait donné bien plus de sens au film.

Au final, de nombreux spectateurs et amis nous ont soutenus au su du projet de construction d’école, au vu du film, et suite à leur rencontre avec les nonnes. J’ai beaucoup de chance et de joie d’être entourée de personnes qui ont contribué à faire de ce film une si belle aventure, à commencer par ma productrice, Ariane Le Couteur ; également Amandine Lepers, jeune et talentueuse architecte pour la construction de l’école à la nonnerie, certains amis très proches enfin. Les nombreuses projections et conférences données m’ont également permis de vendre des cartes, des photographies, des affiches, ainsi que mes livres et tous les bénéfices vont intégralement à l’association. Grâce à ce film, et de manière inattendue, nous récoltons finalement de nombreuses gouttes et pouvons œuvrer à construire un avenir à la nonnerie et pérenniser une dynamique remarquable avec les villageois.

Michel Tagne Foko : Serait-il possible de nous parler de l’un de vos plus beaux moments de culture ?

Caroline Riegel : Je crois que mes plus beaux moments de culture sont justement cette découverte par-delà les cols, par-delà les horizons d’autres cultures. Une immersion, une adaptation au plus proche d’hommes et de femmes dont l’univers est différent du mien. C’est apprendre à se comprendre par le biais de nos similitudes, pour mieux apprécier nos différences. Car notre plus belle richesse est sans doute la diversité sur tous les fronts, seule garante de notre liberté. Apprendre d’autres langues est à l’instar de cette richesse, de cette nécessité de s’offrir des angles de vue et de pensée différents. Je suis fascinée par ce que chaque langue impose d’exprimer les choses, les ressentis, les pensées ou l’émotion de manière si différente.

Michel Tagne Foko : Comment se procurer le dvd du documentaire ?

Caroline Riegel : Il faut m’envoyer un mail :

caroline@baikal-bangkok.org

20 euros le DVD avec film en français et en anglais, musique, interview, livret et film sur la construction de l’école. 1/3 revient à la nonnerie !

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Florence Tsagué : « Minuit, cette heure qui nous faisait si peur pendant l´enfance »

Interviews, News

Entretien avec Florence Tsagué, pour son livre « La Porte de Minuit « 

flo-2           Florence Tsagué est née au Cameroun. Après les études de littérature, de linguistique appliquée et des sciences politiques, elle est actuellement chargée d´enseignement à l´Université de Wuppertal en Allemagne. Passionnée de littérature, elle publie son premier roman « Femmes Connues, Coépouses Inconnues » aux Éditions Edilivre en 2009, un roman qui met sur le tapis l´épineuse question de la polygamie dans un monde en pleine mutation. Elle revient cette fois-ci dans le monde littéraire avec le livre « La Porte de Minuit », paru en novembre 2016 aux Éditions l´Harmattan, collection « Encres Noires ».

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Ce livre est-il inspiré d’histoires vraies ?

Il y a dans ce livre un mélange de la réalité et de la fiction. Les réalités et les démons qui hantent notre société. Les thèmes tels que la vie des couples, le poids du secret, les « deuxièmes bureaux » (concubines), les accidents routiers et la situation calamiteuse des hôpitaux sont traités dans la nouvelle « Le Revenant ».

La gestion de la chose publique, la méritocratie, l´éthique et la culture politique occupent une place de choix dans la dernière nouvelle « Un Cadavre pour le Remaniement Ministériel ». A ceci s´ajoutent les histoires racontées par les adultes pendant l´enfance, à côté du feu, lesquelles nourrissaient notre imagination. Elles constituent la toile de fond des nouvelles « La Porte de Minuit » et « Le Marigot aux Raphias Dansants ». Les monstres et fées qui peuplaient ces mythes ne quittaient pas souvent notre imagination quand nous nous retrouvions seuls au milieu de la nuit. Dans « La Porte de Minuit », ils vont prendre corps.

La fiction a besoin d´un fil conducteur chargé d´imagination pour réunir les bribes et les pièces du puzzle.

La dernière nouvelle « Un Cadavre Pour le Remaniement Ministériel » est le miroir de la culture politique dans notre pays le Cameroun. Une culture politique marquée parfois par une quête exacerbée de la reconnaissance et des privilèges, par la folie de la promotion et des nominations, la pression d´ »être en haut » à tout prix. Face à la méritocratie qui bat de l´aile, d´aucuns donnent libre cours au mysticisme dans la quête du pouvoir et aux pratiques qui sont sujettes à caution.  

– Pourquoi avez-vous choisi de rester dans l’univers africain dans cette œuvre ?

Je n´ai pas choisi de rester dans cet univers. Il s´est imposé ainsi. Les quatre nouvelles du recueil ont un fil conducteur: Les démons de la nuit. Minuit, c´est l´heure qui nous faisait trop peur pendant l´enfance. Ici, toutes les histoires forment une unité dans l´univers africain.

– Dans la première nouvelle « La porte de minuit » qui donne son titre au livre, vous nous parlez de la mort de Céline, la peur que son âme passe vous dire aurevoir, etc., qu’est-ce qui fait qu’à cet âge-là, une si jeune fille se met à croire à ce genre de choses ?

Précisons une chose: il ne s´agit pas de mon histoire. Dans cette histoire fictive, le personnage principal est en même temps la narratrice. On pourrait penser qu´elle est trop jeune pour raconter elle-même son histoire. Non ! Dans son univers, elle est assez mature pour décrire ce qui se passe autour d´elle et dans son monde intérieur. Quand on grandit au village qui est l´un des socles importants de la culture, on baigne très tôt dans l´univers mythologique. Le sens de la communauté étant très poussé, on assiste à des cérémonies et rites traditionnels, à des deuils, enterrements et funérailles. Bref des moments de joie et des moments de peine partagés. Que l´âme du défunt fasse une tournée d´adieux, les adultes avaient coutume, pendant notre enfance, de relater de telles histoires et bien d´autres portant sur la création, l´existence, la mort et la vie post-mortem. Ce sont des fragments de ces histoires que j´ai voulu recomposer à travers des personnages et un univers fictifs, tout en questionnant leur impact sur les questions actuelles de notre société.

– Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire ce livre ?

Il s´est avéré nécessaire pour moi de trouver un univers pour faire vivre et partager les histoires qui ont forgé notre imagination et parfois hanté nos nuits pendant la tendre enfance, tout en faisant ressortir le côté obscure de l´homme et de la société. C´est une façon de se réconcilier avec le monde invisible et d´exorciser ses démons ainsi que les démons intérieurs de l´homme. Une sorte de thérapie.

– Qui est réellement Florence Tsagué ?

Hmmm (Sourire). Difficile de parler de soi. Je suis une passionnée de la culture, de la lecture, de l´écriture, de la musique, de la photographie. J´aime ce que je fais.

– Qu’est-ce qui vous inspire le plus, quand vous écrivez, et pourquoi ?

Dans le processus de l´écriture, je navigue entre la réalité et l´imagination, entre les mondes. Je pense que pour les œuvres fictives, il est difficile de considérer seulement un seul volet. Chez moi, il y a une certaine fluidité entre la réalité et la fiction, le naturel et le surnaturel. Nous sommes le produit de notre société et de notre temps, ce qui influence notre perception et notre imagination et nous contraint en même temps d´agir à travers notre plume. L´écriture en soi est un acte d´engagement pour une société meilleure.

– Qu’aimez-vous partager avec vos lecteurs ?

J´aime partager cette voix, cette mélodie qui fait défiler les images pour produire une certaine réalité dans la fiction. Entre le narrateur et le lecteur s´installe au fil des pages une relation de confiance et de confidence. Quand le lecteur lit le livre, il chemine non seulement avec les personnages mais aussi avec l´auteur qui reste d´une façon ou d´une autre présent.

– Serait-il possible de nous parler de l’un de vos plus beaux moments de culture ?

Lors de mon récent séjour au Cameroun, j´ai eu l´occasion de participer aux cérémonies tel le NSIH (la cérémonie des jumeaux). Cela faisait presque deux décennies que je n´avais plus eu l´occasion de prendre part à de telles activités traditionnelles. Même si le NSIH (avec tout ce qu´il comporte comme rites, danse, sacrifices…) est dédié aux jumeaux (Pomefack) et aux parents (Mégni, Tégni), il regorge un caractère très communautaire. C´était comme si je renouais à nouveau avec mon enfance.

– Chacun de nous a une définition qui lui est propre de la culture. Et vous, comment la définissez-vous ?

La culture c´est quelque chose de vital qui nous donne des repères, nous lie avec les autres, avec le passé, nous façonne de façon implicite et explicite. C´est ce qu´on hérite souvent, (re)crée, forge, fait vivre et lègue si possible à la postérité.

– BONNE ANNEE 2017 !

À tout le monde, je souhaite une excellente année 2017 !

Extraits du livre

 « Malgré la faible population du village, les deuils étaient fréquents »; 

 « Pour la première fois, en l’absence de ma mère, j’eus la satisfaction d’avoir la compagnie de notre coq vagabond qui ne revenait à la maison que lorsqu’il avait faim ou pour regagner son dortoir à la tombée de la nuit. »; 

« Au Milieu de la nuit, la porte pleurait, pleurait, pleurait. Dans notre cuisine, une scène affreuse se jouait autour de moi. Secouée par la foudre, la pièce tressaillait. Les assiettes et les marmites virevoltaient dans l´air, se télescopaient et tout le mouvement produisait un vacarme intenable. Abasourdie, j´esquivai les objets qui valsaient pendant que je tentais de regagner la chambre. Une boule incandescente pénétra en trombe la cuisine, tourbillonna et illumina complètement la pièce… »;

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Entretien avec la sénatrice Esther Benbassa, pour son livre «Vendredi noir et nuits blanches ».

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Esther Benbassa est directrice d’études à l’École Pratique des Hautes Études à la Sorbonne. Sénatrice du Val-de-Marne et vice-présidente de la commission des lois du Sénat. Sa nouvelle œuvre vient de paraître, elle est considérée comme un des livres français actuels, écrit par une personnalité politique, les plus réussis.

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Michel Tagne Foko : Pourquoi ce livre, et, pourquoi maintenant ?

Esther Benbassa : L’idée de ce livre est née au cours des jours qui ont suivi l’attentat du 13 novembre, puisque j’habite à côté, et cet attentat m’a fait revenir sur ma propre vie et sur ce que j’ai connu dans mes différentes pérégrinations. Et ça m’a permis également, pendant cette année d’actes terroristes terribles et d’événements politiques très compliqués, de retracer un peu, c’est une sorte de chronique, également une chronique littéraire de cette année terrible qui est aussi pour moi une année de descente un peu dans mon propre enfer. Et aussi de raconter comme une visiteuse de nuit, puisque je ne viens pas de la politique directement, de raconter mon intrusion, j’utilise ce mot, dans la vie politique.

M.T.F : Vous n’écrivez pas les noms des terroristes, que des initiales, pourquoi cela ?

E.B: Parce que je n’avais absolument pas envie de faire de la publicité à ces personnes qui en tuant et en se tuant deviennent des héros d’un jour. Et parce que pour moi, ce sont des héros négatifs, totalement travaillés par une idéologie funeste, je n’avais absolument pas envie de leur faire de la publicité !

M.T.F : Dès les premières pages du livre, vous nous parlez d’un kidnapping, pas n’importe lequel, mais celui que vous avez subi plus jeune. Se faire kidnapper est généralement quelque chose de traumatisant et il se dit que quand on subit ce genre de chose, on est amené à se replier sur soi, mais comment expliquer que, dans votre cas, vous êtes ouverte aux autres… Y a-t-il eu un suivi, un traitement ?

E.B : Ce n’est pas un kidnapping, enfin, j’étais un peu partie volontairement. C’est un peu mon univers à moi, où je suis une sorte de personne cosmopolite universelle. Ça raconte aussi un peu ce que je suis, c’est vrai, une personne très liée aux minorités, aux souffrants, aux sans-voix, aux malheureux, aux réfugiés, à la cause gay… enfin, vous savez, voilà, c’est un peu moi. [Rires]

M.T.F : Il y a une magnifique scène dans votre livre, qui m’a énormément marqué, quand vous racontez par exemple que quand vous étiez en Israël et que le CNRS a oublié de vous rapatrier et que vous êtes allée voir votre mère qui était dans son appartement en train de trier son riz sans être au courant de ce qui se passait à l’extérieur… Il est vraiment très touchant ce passage.

E.B : [Rires] Il est vrai, voilà ! C’est ce qui s’est passé. Vous savez, euh… tout le monde ne vit pas les événements de la même manière, c’est ça !

M.T.F : Il est écrit, quelque part, sur la page 17, « habitués » qu’ils sont à cette violence, les Israéliens recommencent à sortir, à fréquenter cafés, terrasses et spectacles. Jusqu’à la prochaine attaque. » S’habitue-t-on vraiment au terrorisme ?

E.B : On ne s’habitue pas, mais on vit avec. On ne s’habitue jamais, mais on vit avec, et on essaye de vivre parce qu’il faut que la vie domine la mort !

M.T.F : Comment réussit-on, comme vous, à parler du monde, tout en parlant de soi ?

E.B: On peut parler du monde et de soi en même temps lorsqu’on n’est pas coupé du monde, qu’il y a une interaction et qu’on est conscient de ce qui se passe autour de soi et qu’on ne s’enferme pas dans son ego !

M.T.F : Serait-il possible de nous parler de l’un de vos plus beaux moments de culture ?

E.B : Vous savez, j’adore la musique, j’adore le théâtre, je suis quelqu’un qui sort pas mal, qui est amateur d’art, je suis surtout petite collectionneuse, parce que je suis pauvre, pas assez riche, je veux dire (…) je me lève et je regarde mes tableaux ou mes sculptures. Voilà !

M.T.F : Chacun de nous a sa propre définition de la culture, et vous, comment la définissez-vous ?

E.B : La culture c’est une fenêtre qui s’ouvre vers le monde, mais qui ne se ferme jamais !

Extraits du livre :

« Les attentats se suivent, se répètent, s’amplifient. Et rien, ni mémorial, ni leçon de l’histoire, ne semble pouvoir en arrêter la marche. De l’histoire, les assassins font abstraction, par ignorance volontaire. Comme si ce fonds commun d’une nation et plus largement ce patrimoine de l’humanité n’existait tout simplement pas à leurs yeux. »

«Aucun symbole, aucune leçon, ne tient face à la dynamique propre du phénomène terroriste. Celui-ci se nourrit à des sources diverses et complexes. »

« On ne naît tout de même pas terroriste. On le devient. Pourquoi certains le deviennent-ils et pas d’autres ? »

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Dialogue avec Sophie Tal Men sur son livre, « Les yeux couleur de pluie »

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Sophie Tal Men est neurologue et habite en Bretagne (France).

9782226320995-jSon livre est un petit bijou. Une excellente œuvre pour se vider la tête et respirer un bon coup, surtout quand on vient de lire, comme moi, toute la semaine, des thrillers et autres genres littéraires décousus, issus de l’invention humaine.

Ce livre est écrit comme un synopsis de film, sous forme de chroniques nous détaillant chacun des instants vécus. On imagine très bien ce qui est décrit, il y a une telle précision qui amène le lecteur à se reconnaître dans cette aventure.

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Michel Tagne Foko : Chacun de nous a une définition qui lui est propre de la culture. Et vous, comment la définissez-vous ?

Sophie Tal Men : La culture résulte de la curiosité que l’on a du monde qui nous entoure. Elle est essentielle pour se construire soi-même, s’exprimer et s’ouvrir aux autres. C’est très philosophique comme définition, je m’en excuse. En tout cas, je n’ai pas une vision élitiste de la culture. Chacun l’expérimente à sa façon, en ouvrant un livre, en écoutant une chanson, en regardant un film. Quelle chance d’habiter un pays où elle est accessible à tous !

Michel Tagne Foko : Dans ce magnifique roman, pourquoi avez-vous choisi la mutation et l’adaptation dans un nouvel environnement, comme sujet ?  

Sophie Tal Men : C’est un des nombreux sujets du livre.
Le départ de chez-soi – l’envol en quelque sorte – est une vraie étape quand on commence ses études. J’aime l’idée que Marie-Lou – au lieu de monter à Paris comme beaucoup d’étudiants – monte à Brest.
C’est très intéressant à décrire car les émotions sont décuplées quand on se retrouve loin de chez soi. Les sens sont à l’affût. Et puis j’avais envie de décrire la Bretagne avec les yeux d’une savoyarde qui la découvre pour la première fois. Un peu à contrecœur au début avec une vraie évolution par la suite. N’est-ce pas le propre d’un roman d’apprentissage ?

Michel Tagne Foko : Parlons de vous. Depuis quand écrivez-vous ? Comment vous est venue l’envie de ce livre ?
Sophie Tal Men : Depuis que je suis enfant, j’aime être dans la création : poèmes, dessin, théâtre… Laisser libre cours à mon imaginaire débordant. Activités artistiques que j’ai dû mettre de côté après le lycée en me consacrant pleinement à mes études de médecine.
L’année dernière fut le moment pour moi de rattraper le retard. Si retard il y a…
Je voulais raconter quelque chose de différent par rapport à ce qu’on peut lire ou voir sur le milieu médical. Un univers plus intime, moins spectaculaire. L’hôpital est un vivier propice à l’écriture : nous rencontrons une multitude de gens et sommes amenés à rentrer très rapidement dans leur intimité. Des moments forts, chargés émotionnellement. C’est particulièrement vrai en neurologie où nous sommes confrontés au handicap et aux bouleversements que cela engendre pour le patient et son entourage. L’inspiration me vient le soir quand mes trois enfants sont couchés. Au lieu d’allumer la télé, c’est l’ordinateur que j’ouvre sur mes genoux.
Mes personnages sont toujours dans un coin de ma tête au travail. Quand il m’arrive d’avoir une idée entre deux consultations, je la gribouille sur un bout de papier ou dans les notes de mon téléphone pour l’exploiter le soir venu au son de la trompette d’Ibrahim Maalouf.

Michel Tagne Foko : Un message pour ceux qui vous liront.
Sophie Tal Men : Chers lecteurs, « les yeux couleur de pluie » est une romance iodée qui se lit les pieds en éventail. Laissez-vous entraîner par la douce et sensible Marie-Lou dans le brouillard de Brest jusqu’au port du Moulin Blanc. J’attends vos retours !

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En quelques mots, voici le speech du bouquin :

« Les yeux couleurs de pluie : les tribulations d’une étudiante en médecine, affectée à Brest du jour au lendemain. Le bout du monde à ses yeux… Pour Marie-Lou, c’est une nouvelle vie qui commence, loin des siens, de ses montagnes. L’insouciance et la légèreté de ses vingt-cinq ans se mêlent à la dure réalité de l’hôpital, des gardes aux urgences, du contact avec la maladie. Et au beau milieu de la nuit, cette Savoyarde en ciré jaune croisera Matthieu, un surfer, interne en ORL. Ce loup solitaire, mystérieux et poétique, arrivera-t-il à lui faire une place dans sa vie ?

Rencontres, passions, non-dits, doutes, l’histoire d’un envol, l’histoire d’une vie. La baie des Trépassés, le port du Moulin-Blanc, le brouillard de Brest donnent une dimension romantique à ce beau roman sensible et drôle, riches d’histoires sur le milieu médical, et qu’on ne lâche pas. »

Extraits : 

« Ce n’est peut-être pas le bout du monde, mais c’est le bout du mien ! »
« Mon petit nid douillet va bientôt tomber de l’arbre et s’écraser sur le sol »
« Je n’ai jamais autant pris conscience du vent qu’en habitant le Finistère. Ça fait partie du décor »
« Il entre dans l’eau comme dans une piscine en plongeant, la tête la première. Ça n’a pas l’air de le gêner apparemment. »

GIOVANNI : Ma vie avec les fauves…

Interviews

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Giovanni est né au Brésil en 1986. Il a été adopté à l’âge de deux ans et demi par une famille belge. Il a donc grandi en Belgique et a suivi une formation de cuisinier. Il exerça d’abord dans sa profession mais un jour sa vie prit un tournant différent…

H.C. :  Comment le cirque est-il entré dans votre vie ?

G.Z. : C’est presque irréel ! J’ai un sacré parcours, même si je ne suis pas connu… Le cirque est un amour d’enfance avant tout ! J’ai toujours été attiré par cet univers magique et merveilleux. J’étais présent à chaque représentation, il n’y avait pas un spectacle de cirque que je ne connaissais pas ! Dès qu’un cirque s’établissait aux alentours de chez moi, je me devais d’être présent. J’étais un vrai « fan » comme on dit… Aujourd’hui encore, je me rappelle des numéros qui m’ont tant émerveillé.

Petit, je jouais avec les autres enfants de ma rue. Et notre jeu favori était bien sûr, le cirque ! On installait notre chapiteau avec un morceau de toile, on se fabriquait une piste et on apportait une dizaine de chaises en plastique pour inviter tout le voisinage à assister à nos représentations. Il faut croire que j’étais prédestiné ! (rires)

Mes parents adoptifs m’ont donc inscrit dans un club de gym quand j’avais huit ans et je participais aux stages d’école de cirque dès qu’il y en avait de programmé pour avoir les bases. J’ai aussi appris à monter à cheval et j’ai pratiqué l’équitation pendant dix ans environ. J’ai aussi fait un peu de théâtre.

A l’âge de 12 ans, j’ai commencé à travailler avec les animaux de cirque lors des stages auxquels je participais dans les cirques, j’étais passionné. Et à 14 ans, j’étais en piste avec Lidia Zavatta, au festival européen du cirque de Liège ! C’est comme cela que je suis rentré dans le monde du cirque.

J’ai rencontré plusieurs familles de circassiens et j’ai même revu des familles que j’avais connu étant enfant car j’avais vu toutes leurs représentations. A l’époque c’était un petit cirque de famille et au fil des années il s’est développé. Sans le savoir, je les ai toujours connu… J’ai donc fait mes débuts d’apprenti dresseur et clown sous leur grand chapiteau à l’âge de 23 ans.

H.C. : Pourquoi dresseur de fauves ?

G.Z. : Dieu seul le sait… J’ai quitté un jour le restaurant où je travaillais et je suis allé rejoindre le monde du cirque. Les félins sont des animaux qui me fascinent. Ils sont d’une grande finesse. Ils ont énormément d’amour à donner. Quand je suis avec eux, je me sens bien. Notre travail se fait uniquement dans la douceur et dans le respect de l’animal, c’est là la base ! Personnellement je mets tout mon cœur dans le dressage des lions et des tigres car j’estime que la confiance est la base de tout.

H.C. :  Pouvez-vous nous parler un peu des conditions de vie des fauves dans un cirque…

G.Z. : La réglementation est très stricte. Tout est étudié et conçu pour leur permettre une vie décente. Le transport se fait dans un fourgon cage ou un semi remorque cage. Quand on arrive sur place, on installe les convois et le chapiteau. Derrière ce dernier, on y installe les fauves dans des grandes cages. On monte aussi des espaces de détentes pour qu’ils puissent profiter d’une semi liberté. L’hiver, nous sommes généralement en hivernage sur un grand terrain et on aménage les installations pour qu’ils puissent être au calme et se détendre.

Tout est extrêmement réglementé et contrôlé pour leur garantir de meilleures conditions de vie et je trouve cela normal. Je pense qu’il faut respecter cette chance de pouvoir être au contact de créatures si fabuleuses et leur donner les meilleures conditions de vie possible. Des vétérinaires spécialisés passent contrôler l’état de santé des félins trois fois par an et dès que nous avons un doute, nous n’hésitons pas à les contacter. Ils sont comme nos enfants nous essayons de leur donner le meilleur.

H.C. :  Quels sont vos projets dans les années à venir ?

G.Z. : Je suis en création d’un projet d’entreprise. Je pense à monter mon propre cirque. J’aime bien sûr le cirque mais aussi l’art du cabaret. Il y a déjà un petit groupe de jeunes qui veulent défendre cet amour du cirque et des animaux. On m’a aidé à réaliser mon rêve, c’est normal que j’aide ces jeunes à mon tour pour qu’ils puissent réaliser leur rêve ou du moins partager ma vie. Le monde du spectacle est un milieu très fermé et on m’a ouvert les portes de ce monde si particulier. Je ne souhaite pas être égoïste, je transmets à mon tour à ceux qui ne sont pas issus du milieu du spectacle comme moi.

J’ai essayé une fois de me dire « le cirque c’est fini » mais cela n’a duré que cinq mois… Le cirque c’est toute ma vie. Je deviens triste si je reste trop longtemps sur place…

Hélèna COLIN

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Stéphane Hoffmann : «La culture m’assomme, je n’aime que le plaisir.»

Interviews

Entretien avec Stéphane Hoffmann, pour son livre : «Un enfant plein d’angoisse et très sage». 

Journaliste et critique littéraire, Stéphane Hoffmann publie Le Gouverneur distrait en 1989 et obtient le prix Nimier pour Château Bougon en 1991. Des filles qui dansent (2007) et Des garçons qui tremblent (2008) le consacrent comme un de nos plus brillants romanciers. Les autos tamponneuses, en 2011, confirment son succès…

M.T.F : Qui est réellement Stéphane Hoffmann ?

S.H : Un écrivain qui raconte gaiement des histoires tristes. 

M.T.F : Parlez-nous de ce roman si original ; comment est-il né ?

S.H : De l’envie de raconter l’histoire d’une famille où le manque d’amour se transmet de génération en génération – par maladresse plus que par méchanceté – jusqu’à un enfant qui découvre, grâce à un chien, qu’il peut être aimé. Et, donc, qu’il peut aimer. Grâce au chien Jojo, qui l’aime de manière absolue, Antoine découvre à 13 ans la force et la puissance de l’amour.

M.T.F : Qu’est-ce qui vous inspire le plus quand vous écrivez, et pourquoi ?

S.H : La volonté de se libérer de l’air du temps, qui est pesant, pour retrouver un peu de légèreté, c’est-à-dire de liberté. C’est parce que la vie est à pleurer qu’il faut la chanter.

M.T.F : Serait-il possible de nous parler de l’un de vos plus beaux moments de culture ?

S.H : La culture m’assomme, je n’aime que le plaisir. La culture est scolaire, gouvernementale, obligatoire : une mainmise de la société. C’est, par exemple, la Fête de la Musique : à fuir.

            Le plaisir, au contraire, élève et libère, à condition d’être exigeant avec lui. J’aime ce qui n’a l’air de rien et qui, pour peu qu’on y accorde de l’attention, devient l’essence même de la vie. Ce qui protège et qui élève. Ce qui donne à la fois une armure et des ailes.

            J’ai eu cette sensation chaque fois que j’ai vu Charles Trenet sur scène. La première en 1975 à l’Olympia, la dernière à Pleyel en 1999. Un récital de Trenet avait l’air tout bête : un vieux bonhomme, deux pianistes, un contrebassiste, une vingtaine de chansons connues par cœur. Et ce tout bête donnait en deux heures une force et une vaillance incroyables.

            Si, parfois, mes livres pouvaient atteindre à cela, j’en serais très heureux et n’aurais pas perdu mon temps sur cette terre. 

Extraits  du livre : 

51ejg2cqlyl« Elle dit non à quelque chose qui lui déplaît. Elle en a la possibilité et elle a bien de la chance. C’est pour ça que j’ai hâte d’être vieux. Pour pouvoir dire non. Comme grand-mère. »

« Je hais ce blondinet qu’on appelle le Petit Prince. Le petit con du bouquin de Saint-Ex, lavement que les profs flanquent dans le cul des élèves. Il fait bien chier, ce Petit Prince ».

 

Résumé :

Dans ce portrait d’une famille où la tendresse passe mal, on croise une chanteuse qui ne veut plus chanter, un Anglais qui n’aime que les chaussettes et la reine, un petit chien bien imprudent et une égoïste qui veut être ministre. On fait des virées à Londres et à Monaco et une traversée du lac Majeur. Il y a encore des blessures d’amour mal guéries et, bousculant tout ce monde, un enfant qui cherche la liberté. Stéphane Hoffmann retrouve ici le ton des Autos tamponneuses, des Filles qui dansent et de Château Bougon. 

Il aime rire des choses graves et nous émouvoir du spectacle souvent pitoyable des grandes personnes.

Sacha Bravard, le Dressage dans la Légèreté des Aides

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Sacha Bravard est né en 1979 à Manosque dans les Alpes de Haute Provence. Il est le fils de Michel Bravard, créateur du Conservatoire d’Equitation Ancienne et très célèbre dans le milieu de l’équitation classique. Il est considéré par beaucoup comme un maître et a inspiré de nombreux cavaliers.Vers l’âge de six ans, Sacha s’établit avec sa famille dans le Var où il poursuit sa scolarité jusqu’à l’âge de 17 ans et s’installe avec son père pour se consacrer uniquement au dressage de chevaux au Conservatoire.

H.C : Quel a été votre premier contact avec les chevaux ? 
S.B : Je n’ai pas de souvenir de mon premier contact avec les chevaux. En effet, j’étais trop jeune pour m’en souvenir ! Mes parents ont toujours eu une écurie et mon premier contact avec les chevaux s’est fait à la sortie de la maternité… Ils me montaient sur le dos de leurs chevaux. Je suis comme on dit « un enfant de la balle ». J’ai toujours évolué avec les chevaux, de ma naissance à aujourd’hui.

 
H.C. :  Pourquoi avez-vous décidé de suivre cette carrière professionnelle ?

S.B. : Ce choix de vie a été une évidence, j’ai grandi entouré de chevaux. Chez nous, tout tournait autour des chevaux : c’était le principal sujet de discussion, la principale préoccupation, la priorité. Marcher sur les traces de mon père et poursuivre son œuvre a été une évidence pour moi et donc la seule voie à suivre pour moi. C’est aussi ma fierté ! Je suis devenu un passionné, puis puriste et j’y ai donc consacré ma vie. Quand j’ai pu être en âge d’être autonome, j’ai acheté mes propres chevaux et je n’ai plus lâché prise. J’ai profité de toutes les connaissances que l’on m’avait transmises pour me mettre chaque jour au service des chevaux. Mon travail consiste à les éduquer, les nourrir, les soigner, les préparer, entretenir les boxes, entretenir le matériel… C’est tout ce que j’aime, c’est toute ma vie !

 
H.C. :  Quelles sont les valeurs ou idéologies que vous souhaitez transmettre ?

S.B. : J’oeuvre pour transmettre la méthode de « La Légèreté des Aides » dans le Dressage et l’Art Equestre Classique. Cette méthode consiste à travailler le cheval sans contraintes, ni gêne, ni douleur. Tout est fluide et léger. Les rênes sont détendues, pas d’éperons ni de coup de talon. Cette méthode a été établie par mon père Michel Bravard dans les années 80. Cette méthode est l’héritière de « l’Art de la Cavalerie » qui régnait en France au XVII° et début XVIII° siècle. On retrouve cette méthode dans les écrits de Pluvinel, De la Broue ou la Guérinière pour les plus connus. Ils restent à ce jour mes inspirations et mes livres de chevet.
Je pratique une équitation de Rassembler, qui sublime le cheval tout en restant à sa portée. Le cavalier doit se faire le plus discret possible pour ne pas gêner sa monture dans son évolution. Mon but est aussi de faire comprendre à mes élèves le mécanisme et la psychologie du cheval. Il faut lui donner envie d’offrir le meilleur de lui-même et non le contraindre à de longues séances abrutissantes. C’est en créant une réelle complicité que j’obtiens de vrais bons résultats. Les couples cavalier/cheval qui travaillent chez moi sont heureux de voir leur progression s’intensifier chaque jour. Plus cette complicité dans ce couple se renforce, plus les résultats s’améliorent. C’est ce langage qu’il faut enseigner : savoir comprendre les chevaux est primordial. Je propose des stages dans mon école, avec nos chevaux maîtres d’école qui ont des années de dressage, qui font ressentir ce à quoi il faut parvenir, ce qui vaut toutes les explications du monde ! Ce sont de formidables maîtres d’école…

H.C. :  De quelle manière avez-vous mis cela en place et avez-vous bénéficié d’une aide ?
S.B. : Après être resté plus de 15 ans dans la structure familiale, j’ai décidé de m’installer à mon compte, toujours dans le Var, à Tourves. J’y ai fondé ma propre Ecole de Dressage avec ma compagne Céline. Nous sommes repartis de zéro, grâce à néanmoins un modeste soutien familial, qui nous a permis de nous installer et démarrer notre activité début 2013. J’ai alors revendiqué clairement ma spécialisation dans le dressage des chevaux ibériques, que j’affectionne tout particulièrement depuis toujours. Je pratique avec eux beaucoup de travail à terre car c’est le fondement même de ma méthode. Céline a toujours cru en moi et m’a soutenu même dans les moments les plus difficiles et qui croyez moi ont été nombreux… Elle a été ma première élève et depuis 7 ans maintenant nous formons une vraie bonne équipe.

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H.C. : Quels sont vos projets à venir ?

S.B. : Il y en a beaucoup ! (rires)… Pour commencer, construire un manège couvert pour ne pas être tributaire du temps. Il nous faudrait aussi des boxes supplémentaires mais cela doit se faire dans les mois a venir. Cela nous permettrait d’accueillir nos clients actuels dans de meilleures conditions et pouvoir organiser des stages de « Dressage Légèreté des Aides » toute l’année, sans se soucier des variations météorologiques, mais aussi de pouvoir accueillir des couples cavalier/cheval venant de l’extérieur souhaitant participer à plusieurs jours de formation. Nous sommes également en train de développer la vente en ligne de vidéos techniques et pour finir, j’ai un ouvrage en cours qui ne demande plus qu’a être peaufiné et édité.

Je vous remercie Sacha et Céline de nous avoir fait découvrir votre univers si passionnant. C’est un véritable honneur d’avoir pu vous interviewer. Nous ne pouvons que vous souhaiter toujours plus de réussite.

 

Hélèna COLIN

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https://lequotidienjulia.com/2016/12/18/giovanni-ma-vie-avec-les-fauves/

 

Entretien avec Jean-Luc Romero, conseiller régional d’Ile-de-France et maire adjoint du XIIe arrondissement de Paris.

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4317834-17081089Nous recevons aujourd’hui Jean-Luc Romero, à l’occasion de la sortie de son nouveau livre « SurVivant : mes 30 ans avec le sida ». Une œuvre documentée, mêlée un peu par la genèse du virus du sida et l’histoire vraie de l’auteur. Une si belle leçon de courage !

Pour revenir à l’auteur, il est le seul homme politique de la République française à avoir révélé sa séropositivité. Maire adjoint du XIIe arrondissement de Paris, chargé du Tourisme et de la Culture. Conseiller régional d’Ile-de-France. Investi par Anne HIDALGO, maire de Paris, d’une mission spéciale sur le tourisme LGBT et la nuit à Paris. Etc.

Michel Tagne Foko : À un moment, dans votre livre, vous parlez du 3e congrès d’Africités, qui se déroulait au palais des congrès à Yaoundé au Cameroun, et qui rassemblait de nombreux élus, chefs d’État, ministres, etc., où vous deviez intervenir, militer un petit peu. Comment expliquez-vous le manque d’intérêt pour ce genre de débat ?

Jean-Luc Roméro : Ce congrès qui a eu lieu, il y a quand même quelques années, m’avait beaucoup marqué parce que, évidemment, moi, je ne pouvais pas en ayant en face de moi un nombre de responsables de pays d’Afrique subsaharienne, où il y a parfois un nombre considérable de personnes qui vivent avec ce virus, et qui faisaient comme si ça ne les concernait pas. Et c’est vrai que j’ai eu besoin de dire : « vous savez dans cette salle », en invoquant, bien sûr, ma propre situation, il y a euh…je ne sais plus quel pourcentage j’avais donné …un certain nombre de personnes qui sont porteuses obligatoirement du VIH ». Et ça avait suscité des réactions choquées d’un certain nombre de gens alors que je ne faisais que dire une vérité, mais il ne voulait surtout pas qu’on le dise. Vous savez, c’était quand même encore à l’époque où vous aviez le président Thabo Mbeki, président sud-africain, qui disait qu’il n’y avait encore aucun lien entre le VIH et le sida. Et surtout qu’il disait, dans un pays où il y a 20 % de la population qui est séropositive, qui disait qu’il ne connaissait personne qui vivait avec le virus, ce qui avait d’ailleurs amené Mandela à annoncer publiquement la mort de son fils du sida.

Je pense qu’il fallait dire à ces responsables politiques africains : « mais enfin, portez cette question. Vous, vous ne vous gênez pas pour venir vous faire soigner à Paris en cachette, et vous laissez votre peuple mourir, vous n’abordez pas ces questions, alors que c’est un problème majeur de santé publique en Afrique». Ça a un peu évolué heureusement depuis, mais c’est vrai que la parole des responsables politiques, à cette époque-là, était parfois tout à fait scandaleuse et souvent stigmatisante pour les personnes qui vivaient avec ce virus (…), moi j’ai voulu à un moment pointé ça et c’est vrai que ça n’a pas plu à tout le monde, mais je ne regrette jamais de ce moment où j’ai certes choqué des hommes politiques africains.

 

M.T.F : En vous lisant, c’est comme s’il y a une sorte de jubilation, comment expliquez-vous cela ?

J.L.R : Qu’est-ce que vous voulez dire par jubilation ?

M.T.F : Par exemple, lorsqu’on ouvre le livre, vous parlez de Survivant. « Sur », « Vivant ». Vous expliquez qu’on vous donnait mort, qu’on n’attendait pas de vous de survivre, etc., la manière donc vous accentuez le mot, la phrase : « 30 ans après je suis toujours là », etc.

J.L.R : Bah, c’est-à-dire que, vous imaginez quand vous avez cru que vous ne connaitriez jamais vos 30 ans, vous vous rendez compte que… c’est pour cela que je joue beaucoup avec « 3 » et « 0 », qui est un chiffre, un nombre qui revient assez souvent dans ma propre histoire. Évidemment, c’est assez incroyable d’imaginer que vous avez survécu à ce virus tant d’années alors que vous vous croyiez condamner. C’est vrai que je commence un peu le livre par ça d’abord, en expliquant un peu ce titre, « pourquoi survivant » ? Et en fait, ce titre a un double sens. Survivant par rapport à tous mes amis qui sont morts quasiment, ce qui est quand même quelque chose de terrible, et en même temps, le grand paradoxe, c’est pour cela que je mets un « V » majuscule à « vivant », parce que sachant que j’étais à priori condamné, j’ai vécu peut-être plus intensément que je ne l’aurais fait si je n’avais pas été avec ce virus (…) Quand on fait un livre comme ça, 30 ans après, c’est aussi une espèce de bilan (…)

M.T.F : Parlez-nous de ces 36 milliards de dollars par an, que vous préconisez pour éviter la mort des personnes atteinte du virus du sida. Sur quoi vous basez-vous pour avoir ces chiffres ?

J.L.R : Aujourd’hui, on sait qu’on peut avoir un monde sans sida, c’est-à-dire faire disparaître le sida, ce qui serait la première fois qu’on pourrait faire disparaître un virus sans vaccin, mais grâce aux traitements. Et pour ça, il faut de l’argent pour que tout le monde puisse accéder aux traitements. Je dis dans ce livre que j’ai la chance de vivre dans un pays riche où toutes les personnes qui sont sur notre territoire : sans-papiers, français, pas français, etc., ont droit à ce traitement…

Dans les pays du sud, il y a plein de gens qui continuent à mourir puisqu’aujourd’hui ça doit être à peu près plus de 3 200 personnes qui vont mourir du sida dans une espèce d’indifférence glacée. Et donc, il faut une volonté politique ! Maintenant, comme l’ont eu Jacques Chirac et Lula, qui ont été les présidents à prendre vraiment à bras-le-corps le problème, c’était à un moment où on disait : « dans les pays du sud, de toute façon, ils ne sauront pas prendre les traitements, c’est impossible, etc. ». Mais ils ont dit que ce n’est pas possible de penser qu’en France, en Europe, aux États-Unis, les gens ont des traitements et vous allez en Afrique ou en Asie, les gens n’y ont pas droit, c’est tout à fait insupportable. Et donc, ils ont créé ce qu’on appelle le fonds mondial contre le sida. Ce fonds mondial a besoin de 20 milliards, 25 milliards pour an pour faire que toute personne qui a besoin d’un traitement l’ait. Et aujourd’hui malheureusement, on est à 13 milliards par an, donc loin de l’objectif. Et c’est quand même terrible de savoir qu’on a cette fois-ci la possibilité d’éradiquer un virus de la planète, qu’on sait comment faire, mais malheureusement il n’y a pas de volonté politique, il n’y a pas assez d’argent, donc on stagne. Et l’objectif qui est celui de l’Onusida, qui est un organisme qui dépend de l’ONU, de faire disparaître le sida en 2030 serait difficile à atteindre si les responsables politiques n’en ont pas conscience (…). C’est un peu le cri de colère que je donne dans ce livre ! (…)  

 

M.T.F : Ça veut dire que les 36 milliards que vous écrivez sont les chiffres de L’Onusida ?

J.L.R : On a à peu près calculé ce qu’il fallait pour faire disparaître le VIH, faire surtout que toute personne qui en a besoin accède à ces traitements qui ont certes fortement baissé, aujourd’hui vous avez parfois des traitements à 1 dollar par jour, mais aujourd’hui plus de la moitié des personnes qui en ont besoin ne bénéficient pas d’un traitement dans le monde, ce qui fait qu’aujourd’hui on continue à mourir du sida alors qu’on ne devrait plus, en tout cas pas dans ces proportions-là…

M.T.F : Selon vous, l’écriture peut-elle être une forme de thérapie ? La pratiquez-vous ?

J.L.R : Oui. L’écriture pour tout le monde, vous savez, moi c’est mon dixième livre, tous ceux qui écrivent, surtout quand on parle d’un sujet qui vous concerne, il y a bien sûr une certaine forme, plutôt que d’aller, moi je ne vais pas voir de psy, c’est une façon bien sûr de poser les choses, mais j’essaye de la poser de telle manière à ce qu’elle soit utile (…). Ce livre c’est d’abord un livre d’espoir !

M.T.F : Parlez-nous un peu de l’ADMD et de l’ELCS

J.L.R : L’ADMD, c’est l’association pour le droit de mourir dans la dignité, c’est une association qui réunit un peu plus de soixante-huit mille adhérents et qui se bat pour une loi sur la fin de vie, qui permette à celui qui meurt de décider, parce qu’aujourd’hui c’est toujours ceux qui sont autour du lit qui décident, notamment les médecins, etc. Et nous, on veut une loi qui permette, d’un côté, l’accès universel aux soins palliatifs, qui est l’un des grands échecs de notre pays puisqu’à peine 20 % des gens peuvent en bénéficier. Et de l’autre côté, la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté, parce qu’en France la loi, elle vous permet certes de dire stop : on vous endort, on n’arrête de vous alimenter, de vous déshydrater, et vous pouvez mettre trois semaines à mourir. Mais nous on trouve que ça peut être une mort à petit feu et que ça n’est pas normal qu’on n’offre que cette possibilité-là. Nous on voudrait qu’il y ait la possibilité de l’euthanasie, c’est-à-dire qu’on vous endort, vous partez en quelques secondes, entouré des vôtres. Je pense que c’est ce qu’il devrait se passer dans un pays humaniste (…) L’ADMD se bat pour cette loi qui est voulue par quasiment 90 % des Français, tous les sondages depuis 20 ans nous disent ça !

L’ELCS, c’est une association d’élus, partant du principe que, on l’oublie souvent, la plupart des élus locaux, je pense aux conseillers municipaux, ils sont partout dans le pays, ils sont des centaines et des milliers, ce sont des bénévoles qui ont la même fibre souvent que des militants associatifs, ils sont là pour faire avancer les choses dans leurs villages, dans leurs villes, etc. Et je me suis dit qu’ils pourront nous aider à relayer les messages de prévention, d’aide aux malades, et surtout d’apprentissage de l’acceptation (…)

Extraits du livre :                                         

« Ce virus qui tue dans des souffrances atroces est en moi. Il me ronge déjà. Peu à peu, il devient moi. Et c’est moi qui disparais pour lui laisser la place. »

« Le sida, ce compagnon de trente ans, m’a conduit à me surpasser, à vivre certes différemment, mais aussi plus fort et plus intensément. Il m’a obligé à faire tout, tout de suite, me laissant si peu de temps. Jouant avec ma destinée bien mieux que n’importe quel dieu.»

« À 28 ans, on se croit souvent invincible »

« Les symboles et la parole sont également essentiels dans ce combat collectif que nous nous devons de mener, car il ne faut plus taire cette maladie. Il faut en parler(…), faire tomber ce sentiment scandaleux de honte qui l’entoure et il faut utiliser des symboles, voire des exemples. »