« Les temps de la cruauté », le nouveau Gary Victor

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« Les temps de la cruauté » de Gary Victor

C’est un vrai bonheur de lire cet excellent auteur.

Dans ce nouveau Gary Victor, le réel que l’on peut aussi appeler le concret se mêle à la superstition, surnaturel ou surréalisme. Ça dépendra de chacun. À chacun de comprendre comme il peut.

Le livre s’ouvre avec les mots de Carl Vausier. Il nous livre son histoire du début à la fin. C’est une personne qui a fait des études. Il écrit des livres. Il vit à Port-Au-Prince, capitale politique d’Haïti. Il Parle. Il nous parle. Avec ses mots. Oui, avec ses verbes et sa singularité. Il nous parle tout simplement, comme monsieur tout le monde. Il est certes écrivain, mais là, il n’est pas en train d’écrire un livre. Non, du tout. Il parle de ce qu’il a vécu et de ce qu’il vit. Ce qu’il dit est là. Il le dit. Subitement, le lecteur, celui-là qui lit ce qui est écrit, voit. Voit l’image de ces scènes qui sont là. Posé là avec un niveau de compréhension accessible à tous. Il parle tout simplement comme dans la vraie vie. Et c’est beau. Que c’est bon !

Carl Vausier a rencontré Valencia dans un cimetière. C’est une dame galante qui se bat comme elle peut pour survivre dans ce monde où seuls les plus forts ont le plus de chance de s’en sortir. Dans ce cimetière, son lieu de travail ou lieu de survie, les clients viennent rechercher la chance. Eh oui, il se dit que son entrejambe porte chance !

La relation que Carl entretient avec Valencia n’a rien de sexuel et ne contient aucune superstition. Il est en pleine dépression, dégression, pour mieux dire, il est paumé. Très paumé. Il voit dans l’aide qu’il veut donner à Valencia une sorte de rédemption, un nouveau souffle qui lui permettrait de rebondir…

Pour faire cours, pour faire simple, on peut dire que ce livre est la grande histoire de deux personnes paumées…

Cette œuvre pourrait même être considérée comme une grande histoire d’Amour, c’est un gros coup de cœur !

La fin laisse un peu sur la faim. À la fermeture de cet ouvrage, on pourrait se dire : « Il me faut aller rencontrer Gary Victor à Port-au-Prince (Haïti) pour qu’il me raconte une autre fin. Pour qu’il me parle davantage de Valencia. Qu’il me promette au moins la suite, un tome 2 ! ».

 

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« Des hommes sans femmes », le nouveau Haruki Murakami

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« Des hommes sans femmes », le nouveau Haruki Murakami                     

« Comment lit-on l’œuvre d’une légende ? » Voici la question qui me taraudait l’esprit dès la réception et la lecture des premières pages de ce livre.

Eh oui, cet auteur japonais est bardé de récompenses et c’est la première de ses œuvres qu’il m’arrive de lire…

Le livre s’ouvre avec l’histoire de Kafutu. Il est écrit :

« Kafutu était monté un certain nombre de fois dans des voitures conduites par des femmes et son expérience l’amenait à classer les conductrices en deux catégories : celles qui étaient un peu trop agressives et celles qui étaient un peu trop prudentes. Les dernières étaient infiniment plus nombreuses que les premières – de quoi sans nul doute se rejouir. En somme, les femmes étaient en général plus polies et conduisaient leur véhicule avec plus de prudence que les hommes. Bien entendu, on n’allait pas se plaindre de la politesse ou de la prudence d’un chauffeur, même si ce style de conduite pouvait irriter les autres conducteurs.

Par aileurs, les femmes appartenant au groupe des « agressives » avaient tendance à se voir elles-mêmes comme d’éminentes conductrices ; elles ne manquaient pas une occasion de se moquer de celles qui étaient trop timorées et se montraient fières de ne surtout pas leur ressembler »

Là, on n’est que dans l’introduction. Après ça, vient ceci :

« Bien sûr, il existait aussi des femmes qui n’appartenaient à aucune des deux catégories. Des femmes qui conduisaient tout à fait normalement, sans être ni trop aggressives ni trop prudentes. Et parmi elles, certaines étaient aussi pilotes émérites. Pourtant, Kafuku avait remarqué que, pour une raison indéterminée, même ces dernières manifestaient toujours certains signes de nevrosité au volant. Il n’aurait pas été en mesure de décrire concrètement cette nevrosité mais, lorsqu’il était assis à la place du passager, il devinait chez la conductrice une tension sous-jacente qui l’empêchait de se sentir tout à fait à laise »

Voici que commence le développement :

« Il était rare que Kafuku ait l’occasion de faire une différence entre hommes et femmes. Il ne ressentait pas non plus entre les sexes un écart dans leur niveau de compétence. Du fait de sa profession, Kafuku travaillait aussi bien avec des hommes qu’avec des femmes, et, en réalité, il se sentait plus à l’aise avec celles-ci. Elles étaient en général plus attentives aux détails et elles écoutaient mieux. Ce n’était que lorsqu’il était dans une voiture et qu’une femme se trouvait au volant que Kafutu était particulièrement conscient de son sexe. »

Et lorsque les choses se corsent, tout commence :

« Aussi Kafuku eut-il bien la peine à aborder une mine réjouie lorsqu’il demanda à Ooba, le propriétaire du garage où il faisait réviser sa voiture, de lui trouver un chauffeur professionnel, et que le garagiste lui proposa une jeune femme. En voyant son expression, Ooba sourit. »

Pour lire la suite, je vous invite à vous procurer le livre.

Vous avez certainement compris, c’est un livre à plusieurs nouvelles. Croustillantes les unes, les autres. C’est l’un de mes coups de cœur de cette nouvelle année. Et bien évidemment, je le recommande.

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Ce que je pense du livre « Tout ce dont on rêvait », le nouveau François Roux.

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Pour dire vrai, j’ai eu vraiment du mal à entrer dans le texte. À savourer l’histoire. Je trouvais que l’auteur en faisait trop : qu’il y avait un peu trop de redondances. Par exemple, lorsqu’on ouvre le livre, on lit :

« À ce stade de son existence, l’unique certitude de Justine quant à la nature humaine résidait dans le fait que l’immense majorité des hommes, à commencer par son propre père, étaient à ranger sous l’index sombres abrutis de son petit répertoire psychosociologique personnel. Elle avait alors vingt-cinq ans, et son expérience intime – onze années de galères sexuelles, d’abus de confiance, de faux départs, d’humiliations tous azimuts – l’encourageait à cette catégorisation un rien abusive. Son aigreur envers les représentants de l’autre sexe ne constituait en réalité qu’une toute petite fraction de sa hargne, sa colère composait un diamant brut, facetté de milliers d’autres rancœurs contre les abus de tout poil, les passe-droits et, d’une manière générale, contre un état du monde de plus en plus bancal : Justine était à cran ».

Comme je suis en train de le dire, le livre s’ouvre avec un tas d’informations que je trouve inutiles.

Lorsque j’ai lu ceci :

« Les seuls hommes dont elle s’accommodait d’une fréquentation régulière et durable étaient les gays, avec lesquels elle parvenait à créer des relations complices, détendues et joyeuses, de sorte qu’à l’époque on aurait pu sans trop d’erreurs la classer elle-même – dans l’infinie nomenclature déterminant le genre humain – sous l’index un tantinet dégradant de fille à pédés.

Justine régnait en petite princesse insatisfaite sur une tribu de trois homos, Ahmed, Laurent, Olivier, qui constituait le noyau dur d’un système satellitaire composé de cinq ou six autres individus, au sein duquel elle s’était taillé la réputation de file drôle et cynique, je-m’en-foutiste jusqu’à en paraître parfois arrogante, toujours prête à dégainer un bon mot bien vachard, éternellement disposée à faire outrageusement la fête ».  

Je me suis dit : « il en fait toute une tartine juste pour nous dire que Justine aime faire la fête et la compagnie des hommes homosexuels ». Je ne trouve rien d’original à cela !

Je n’ai pas accroché à sa manière de développer les scènes, à son style, au style d’écriture de l’auteur, mais je conçois que celui-ci puisse plaire ! Et bien évidemment, je recommande ce livre à ceux qui aiment bien les détails ou redondances lorsqu’ils lisent un livre.

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Je dansais, le nouveau Carole Zalberg.

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Je dansais, le nouveau Carole Zalberg.

Que dire ? Les différents sujets abordés dans ce roman m’intéressent, surtout lorsque l’on parle de beauté, de laideur, de séquestration et d’incompréhension, etc. J’avoue aussi avoir un petit faible pour les œuvres de Carole Zalberg. Cette excellente auteure a quelque chose de vrai, de précis, quand je lis ce qu’elle écrit, qui me pousse toujours vers ses livres, je ne sais pas l’expliquer, c’est comme ça !

Pour parler du livre, il s’ouvre avec ces mots :

« Je dansais. Du matin au soir je dansais. C’est ce que je faisais. Avant lui. 

La vie était légère et joyeuse. Je fredonnais intérieurement. J’avais l’ouïe fine, mais sélective. Ma voix secrète couvrait les mauvais bruits du monde et tout ce qui m’ennuyait. »

À cet instant, je prends une pose, sans avoir lu la suite ; j’imagine, puisque le nom n’est pas mentionné, que ces mots sont de Marie, la personne captive, comme l’annonce la quatrième de couverture. Ces quelques mots suscitent tout de même déjà ma curiosité. Ensuite viennent ces autres mots :

« Ici nul bruit à couvrir. Seuls le silence et sa voix déchirée, que rien, aucun chant en dedans, aucune pensée triste ou gaie, ne peut empêcher de tout envahir : ma chair, mon cerveau, mon sommeil.

Ici je ne danse plus. Comment en avoir ne serait-ce que l’idée ? »

Il est clair, à la lecture de ces mots, qu’il s’agit bel et bien de Marie. Me vient alors une question : « mais qu’est-ce qui s’est passé » ? Oui, j’ai hâte de comprendre.

Plus loin, on peut lire :

« La femme qui t’accompagne, ta mère, je le saurai plus tard comme je saurai peu à peu tout ce qui te concerne, a repéré le monstre de loin et aussitôt accroché ses yeux au bitume ainsi que la terre entière le fait, ou alors on regarde au ciel, en dedans, n’importe où, mais surtout pas l’horreur que je suis. Toi, présence toute en légèreté sautillante, toute de grâce et de gaieté, tu t’es seulement raidie et c’est à mon regard enfoui dans le chaos que le tien, plein de défi, s’est rivé. »

C’est après cette lecture que j’ai compris qu’il s’agissait en effet du kidnapping d’un enfant, par une personne de moche et de psychologiquement instable. Dans l’un des nouveaux chapitres suivants, qui n’en ait pas un, puisque le livre ne présente pas de chapitre défini, on peut lire :

« Quand j’ai compris, quelque temps après avoir échoué ici, qu’il m’avait choisie précisément ce jour-là, j’ai cru me changer en pierre froide (ce qui, soit dit en passant, aurait joliment contrecarré ses plans). La vérité infusait. Sang et souffle refusaient de circuler. J’étais à l’origine de son délire et de mon enlèvement. J’avais déclenché sans le savoir ma soustraction à tout ce qui, jusqu’au soir de mes treize ans, avait constitué mon existence ».    

Pour conclure, je veux vous dire que ceci est un livre choral, comme je les aime, le ton est celui de la vie… SANS LA MOINDRE HÉSITATION, JE LE RECOMMANDE !

« Pourquoi faut-il lire du Esther BenBassa ? »

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lequotidienjulia   « Pourquoi faut-il lire du Esther Benbassa ? », ceci est la toute première question qui se dandinait dans ma tête et occupait mes pensées, sans aucun jeu de mots et sans arrière-pensée, à l’annonce de la parution du livre : « VENDREDI NOIR ET NUITS BLANCHES », de la sénatrice du Val-de-Marne : Esther Benbassa.

Nous sommes en novembre, et ce mois est entré entre autres de façon malheureuse dans l’histoire de la France, à cause des attentats. Et dans ce mois, on commémore l’attentat du 13 novembre 2015. Plusieurs manifestations, culturelles et autres, sont organisées. Plusieurs rescapés ou familles de victimes prendront la parole, ainsi que les politiques. C’est donc dans cette atmosphère, un peu particulière, que j’ai eu connaissance de la sortie de ce livre, entre autres.

Quand j’ai reçu le livre, j’ai tout de suite aimé la couverture. J’avoue avoir aussi ressenti une petite inquiétude sur ce que je pourrais trouver dans le contenu du bouquin, appréhension qui s’est vite dissipée à la lecture du premier paragraphe.

Ce livre s’ouvre avec une confession : le kidnapping d’un enfant, l’enlèvement qu’a subi Esther Benbassa quand elle était toute petite en Turquie. Dans le livre, elle écrit :

« C’était à Istanbul. Je n’avais pas cinq ans. Un jour de grands travaux de peinture dans notre appartement, mes parents m’avaient fait descendre à l’entrée de l’immeuble pour m’éviter d’inhaler les fortes odeurs. Des Tziganes passaient par là. Ils avaient l’air joyeux. Ils jouaient de la musique. J’ouvris la porte pour sortir de notre bel immeuble bourgeois et m’amuser avec leurs enfants. Ils m’emmenèrent avec eux. Leur intention était sans doute de soutirer de l’argent à mes parents lorsqu’ils voudraient me récupérer. Ma disparition plongea les miens dans le désespoir. À la fin de la journée, grâce à l’aide des commerçants du quartier qui avaient identifié mes kidnappeurs, mon père trouva la famille à laquelle je m’étais agrégée, à la périphérie de la ville. Je n’étais pas du tout triste d’être partie, ni n’avais le sentiment d’avoir été enlevée. Chez mes parents, je m’ennuyais un peu. L’on avait enfin brisé ma solitude d’enfant unique. J’avais curieusement trouvé le logement de fortune de mes Tziganes bien plus agréable que notre appartement, rempli de beaux meubles, bientôt repeint à neuf et soumis à un ordre strict. Tout était interdit chez nous. Là, tout semblait permis. Je ne doute pas que pour mon père et pour ma mère cet épisode ait été une pénible épreuve. Ce fut pour moi un beau moment d’aventure. Et de rêve. »

Plus loin, on est en Israël, l’auteur y est avec ses parents. Elle écrit :

« Les sirènes du 13 novembre, je les entends désormais tous les jours. Elles me font encore sursauter. Je pense immédiatement à une attaque terroriste. Elles m’en rappellent d’autres. Lorsque je vivais en Israël, elles m’angoissaient de la même façon. De peur, je restais prostrée dans un coin et me bouchais les oreilles. Plus tard, dans mon imagination, elles évoqueraient la mort violente, la fureur, le chaos, la fin des temps. Des familles entières tétanisées devant leurs postes de télévision, tandis qu’on appelle les proches pour savoir s’ils n’ont pas été atteints. Des visages fermés, l’anxiété de l’attente de nouvelles qui tardent toujours trop. Une solidarité qui se forme bientôt à travers le pays. Pendant des jours, les images de l’attentat tournent en boucle, s’y ajoutent celles des enterrements, des familles éplorées. Puis, « habitués » qu’ils sont à cette violence, les Israéliens recommencent à sortir, à fréquenter cafés, terrasses et spectacles. Jusqu’à la prochaine attaque.».

Ce qui m’a le plus intéressé dans cette œuvre, ce sont les références historiques et leur dimension universelle, qui font partie de la mémoire commune des êtres humains. Historique, non pas seulement des années 1800. Par exemple, elle dit :

« Rappelons-nous la cinquantaine d’attentats anarchistes entre 1880 et la Première Guerre mondiale ou ceux du FLN et de l’OAS aussi bien en France qu’en Algérie pendant la guerre d’indépendance de ce pays. Plus près de nous, ceux commis par des groupuscules d’extrême gauche à partir de la fin des années 1960 et pendant les années 1970, puis par le FPLP (Front populaire de libération de la Palestine) et par l’ASALA (Armée secrète arménienne de libération de l’Arménie) dans les années 1980, enfin par le GIA algérien (Groupe islamique armé) en 1995-1996. ».

Pour conclure, je dirais que ce fut un réel bonheur de me délecter de ce livre. Je pense vraiment que c’est un livre utile. Voilà pourquoi, à mon avis, il faut le lire !

Extraits :

« Quand on a pour métier d’écrire l’histoire des juifs et qu’on a fait de la mémoire de la Shoah un de ses objets d’étude, on apprend très vite que « plus jamais ça » est un vœu pieux. »

« Les attentats se suivent, se répètent, s’amplifient. Et rien, ni mémorial, ni leçon de l’histoire, ne semble pouvoir en arrêter la marche. De l’histoire, les assassins font abstraction, par ignorance volontaire. Comme si ce fonds commun d’une nation et plus largement ce patrimoine de l’humanité n’existait tout simplement pas à leurs yeux. »

«Aucun symbole, aucune leçon, ne tient face à la dynamique propre du phénomène terroriste. Celui-ci se nourrit à des sources diverses et complexes. »

« On ne naît tout de même pas terroriste. On le devient. Pourquoi certains le deviennent-ils et pas d’autres ? »

Résumé :

Dans le sillage des attentats de janvier 2015, la nuit tragique du 13 novembre a fait basculer la France dans une ère de violence, de deuil et d’anxiété. Dans un enchaînement de catastrophes, le pays paraît s’enfoncer lentement dans le chaos.

Une secousse qui bouscule aussi les êtres, jusque dans leurs retranchements, faisant remonter les vécus enfouis qui se confondent parfois avec ceux des hommes et des femmes fauchés par les balles des terroristes.

Qui donc étaient ces morts ? Leurs histoires interpellent les nôtres, les associant à celle de toute une nation en panique. Une femme venue d’ailleurs essaie de relire ce qui est arrivé à l’aune de ses errances passées, avec empathie, dans ses nuits désormais blanches. Elle croise les vies, les lieux, les époques, les libertés évanouies, la politique en berne, et refuse obstinément de céder au désespoir ambiant.

Elle descend dans ses propres décombres pour redonner un peu de vie à ces morts dont l’ombre a pesé de tout son poids sur les événements des mois qui ont suivi. Célébration de la liberté, ce récit est aussi un regard sur le monde d’où la vie, malgré tout, sort victorieuse.

esther_benbassaL’auteur :

Directrice d’études à l’École pratique des hautes études (Sorbonne), auteure de nombreux ouvrages, elle est sénatrice EELV du Val-de-Marne depuis octobre 2011.

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« Avec la mort en tenue de bataille » de José Alvarez

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« Avec la mort en tenue de bataille » de José Alvarez

Il est bien, je dirais même bon, très bon. Les phrases sont courtes, faciles de compréhension. L’histoire est belle et le livre est accessible à tous !

L’un des points forts de cette œuvre se trouve dans l’organisation des mots, son choix et la manière de les placer. Les propos ne sont pas dogmatiques, il y a toujours une nuance. Parfois, en fin de phrase, qui pourtant débutait avec un ton affirmatif, on retrouve un point d’interrogation, ce qui permet de tenir le lecteur en haleine, de donner à réfléchir et de briser l’ennui :

« Leopoldo se tourne et se retourne dans son lit. Impossible de se rendormir. Il tend le bras vers la table de chevet, allume la lampe – à peine une lueur de veilleuse qui caresse les murs de la cabine.

Il ne se sent pas en paix, mais ne l’a-t-il jamais été ? Pourtant un grand calme l’envahit. Pas un muscle, pas un cil ne tressaillent. Trois heures. Il ferme les yeux. Sa tête roule sur l’oreiller, il s’y enfouit, perdu. À quoi bon essayer de dormir ? Autant se lever, pas de sommeil réparateur à l’horizon de la nuit. »

Comme je le disais, c’est un livre sympa, bien écrit, touchant. Pour en savoir plus, je vous invite à vous le procurer…

Extraits :

« La soif du sang était la plus forte, la théâtralisation sadique de la mort drainait les foules avides. La masse en furie ne révèle-t-elle pas toujours le pire de l’humanité ? »

« Elle était désormais prisonnière de cet homme qui ne l’avait pas conquise par les mots, mais par son charme obscur. »

Résumé :

Lorsqu’éclate la guerre d’Espagne, Inès, respectable mère de famille mariée à un capitaine au long cours retenu à Buenos Aires, se retrouve sans nouvelles de ses cinq enfants qu’elle avait cru mettre à l’abri en les envoyant en France. Confrontée à la trahison de son confident de toujours, le père Alfonso, sa nature profonde se révèle avec toute la fougue qui est la sienne. Avec la complicité d’un médecin pour lequel elle nourrit une attirance grandissante, elle se jette à corps perdu sur les traces de ses enfants dans le maelström sanglant de la lutte fratricide qui déchire son pays.
La belle Inès se métamorphose peu à peu en combattante intrépide. Faisant fi des jeux de pouvoir exacerbés entre les différentes factions politiques, elle prend goût à sa liberté nouvelle et se découvre femme aimante… parente ibérique de la Princesse de Clèves, ardente et vertueuse, doublement foudroyée par le remords et le devoir dans son étincelante trajectoire.

L’auteur :

Né en 1947, José Alvarez est éditeur d’art, directeur depuis 1979 des Editions du Regard spécialisées en art, arts décoratifs et architecture. Lui-même est commissaire d’exposition (Anselm Kiefer au Grand Palais) et auteur de plusieurs ouvrages sur l’art. Avec la mort en tenue de bataille est son deuxième roman. 

 

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«Riquet à la Houppe» d’Amélie Nothomb de l’Académie royale de Belgique

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Ce livre s’ouvre sur une scène qui ressemble à celle de « Délivrances », du prix Nobel de littérature, Toni Morrison. 

riquet-a-la-houppeDans le Toni Morrison, une femme mulâtre accouche d’un enfant noir, et cela l’horrifie. Dans le nouveau Nothomb, Énide apprend qu’elle est enceinte de six mois. À l’accouchement, le narrateur nous dit ceci :

« Quand les parents découvrirent le bébé, ils changèrent brutalement d’univers. On eût dit un nouveau-né vieillard : fripé de partout, les yeux à peine ouverts, la bouche rentrée – il était repoussant. Pétrifiée, Enide eut du mal à retrouver assez de voix pour demander au médecin si son fils était normal ».

Aussi improbable que cela puisse paraitre, les mots d’Enide surprennent. Elle dit de son enfant : 

« Enfin docteur, il est horrible ».

La réponse du médecin est à mourir de rire. Il essaye, comme il peut, de réconforter sa patiente. Il lui dit : 

« Vous savez, personne n’ose le dire, mais les bébés sont presque toujours laids. Je vous assure que celui-ci me fait bonne impression ».

Que c’est délicieux de lire du Nothomb. Dans ce nouveau roman/conte, il est question d’amour, de rejet, d’apparence, de rencontre inimaginable, etc. Après Le Crime du comte Neville, l’année dernière, Riquet à la Houppe a raison de son succès, c’est un petit bijou. Sans hésitation, je le recommande.

Extraits :

« Ce que l’oiseau nous apprend, c’est que l’on peut être libre pour de bon, mais que c’est difficile et anxiogène. Ce n’est pas pour rien que cette espèce est toujours sur le qui-vive : la liberté, c’est angoissant. Contrairement à nous, l’oiseau accepte l’angoisse. »

« En vérité, on ne comprenait pas ce qui attirait les garçons. Les filles qui leur plaisaient n’étaient ni les plus jolies, ni les plus intelligentes, ni les plus aimables. Ce n’était pas forcément non plus celles qui couchaient. Il s’agissait de celles qui paraissaient avoir « quelque chose », soit qu’elles l’aient vraiment, soit qu’elles en donnent les signes. »

L’agenda :

16 décembre  – dédicace à la librairie Les Cyclades à Saint-Cloud

21 décembre à Paris – dédicace à la librairie Galeries Lafayette Haussmann à 

18 janvier 2017 à Nantes – Dédicace à la librairie Coiffard

01 février 2017  à Bourges – dédicace au Cercle de Lecture.

L’auteur :amelie_nothomb_02828_g-garitan

Depuis 1992 et Hygiène de l’assassin, tous les livres d’Amélie Nothomb ont été publiés aux éditions Albin Michel. Elle a reçu, entre autres, le prix Chardonne, le Grand prix du roman de l’Académie française, le prix de Flore, et le Grand prix Jean Giono pour l’ensemble de son œuvre. 
Ses œuvres sont traduites dans 40 langues, des U.S.A. au Japon. 

«La Matière de l’absence» de Patrick Chamoiseau

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J’ai ouvert le livre et mes yeux ont repéré cette belle citation philosophique :

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« Ceux qui vivent longtemps se nourrissent de l’absence ».

Quand on remet la citation dans son contexte et dans son paragraphe, ça donne ceci :

« Ceux qui vivent longtemps se nourrissent de l’absence. Leur regard reste attaché à ce qui leur manque, à ce qu’ils ont perdu. Dès lors, submergées par les rides, éclairées de sourires devenus enfantins, leurs pupilles reflètent autant de vulnérabilités tendres que d’innocences gourmandes. Et ces deuils, ces ruptures et ces manques, qui assaillent nos survies ordinaires, qui nous abîment ainsi, semblent en ce qui les concerne n’aller qu’en dérivant de part et d’autre de leur durée, tel l’impressionnant sillage d’une force en chemin. Ils en sont riches comme d’une source impossible que seule leur mémoire magicienne aura pu transformer en substance. Et ce sillage, mon cher, est une célébration ».

Ce sont les mots de la Baronne, l’un des personnages du livre, véhiculés à l’entrée du cimetière, dans un échange avec son petit frère, qu’elle appelle « Négrillon ». Leur mère, Man Ninotte, n’est plus de ce monde. 

Un peu plus loin, dans les mots qui suivent, on peut lire ceci :

« Ceux qui vivent longtemps sont aussi grignotés par l’absence ».

Et bien sûr, ça sonne comme une suite de citation. Et quand on le remet dans son contexte, comme tout à l’heure avec la première citation, ça donne ça :

« Mais ceux qui vivent longtemps sont aussi grignotés par l’absence. Ils épaississent sans doute dans l’invisible, car leur corps – tout ce que l’on voit d’eux, ou qui émane de ce qu’ils sont – s’en va en diminuant. Ils sont en devenir dans quelque chose qui les efface (ce trou noir des pertes, des ruptures et des manques), dont ils ramènent l’étonnant paradoxe, et le triomphe ténu, de leur durée. Ceux qui vivent longtemps se rapprochent d’un mystère… ».

Continue, bien évidemment, la Baronne.

À ce stade, je me suis dit : « ça, c’est du Patrick Chamoiseau, il a ce don de prendre un sujet personnel pour le rendre universel ! ». Je sais, je l’ai plusieurs fois expérimenté, je ne sors jamais d’une lecture d’une des œuvres de Patrick Chamoiseau sans avoir appris au moins un petit quelque chose. Ça s’appelle certainement de la lecture instructive, que certains pourront qualifier de chiante, mais heureusement que nous sommes nombreux à nous délecter sur du Chamoiseau.

Pour revenir sur ce livre, je vous avoue que j’ai adoré découvrir le côté universel développé au fil des pages et, surtout, adorer apprendre ces saveurs créoles, qui jusqu’ici étaient un peu éloignées de ma modeste personne. Et c’est donc tout naturellement que je vous recommande ce livre.

Extraits :

« Dans le légendaire des vieilles croyances créoles, il est dit, affirmé, que ceux qui sont partis reviennent vous faire des signes après leur enterrement. »

« Vivre n’est pas facile, les béquilles sont bienvenues, les illusions aussi, et quant aux vérités qui nous tombent du passé, le plus sûr est de les regarder s’épuiser, sans armes, sans guerre et sans souci !… »

« Le conteur créole ne dépeint jamais rien, aucun paysage, et surtout pas ses personnages, il ne fait ni dans la psychologie ni dans l’exploration des profondeurs de l’âme. Ce qui constitue son histoire se situe bien plus dans ce qu’il ne dit pas que dans ce qu’il expose »

Résumé :

A partir de la mort de sa mère, l’écrivain visite l’histoire encore méconnue des Antilles, leurs genèses, leurs rituels, leurs modes de vie, remontant aux origines de l’humanité, retraçant l’étonnante créativité d’un peuple qui a inauguré ses mythes et ses combats dans le ventre du bateau négrier. Dialoguant avec sa sœur, dite « la Baronne », il évoque, avec tendresse, humour et profondeur, la poétique de tout un monde qui dépasse le cercle familial et nous initie à un bel art de vivre.

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L’auteur :

Patrick Chamoiseau est né le 3 décembre 1953 à Fort-de-France en Martinique. Prix Goncourt pour Texaco (en 1992), il est l’auteur de récits intimes (Une enfance créole, en trois volumes), de romans (Chronique des sept misères, Solibo Magnifique, Biblique des derniers gestes), d’essais (Eloge de la créolité, Lettres créoles, Ecrire en pays dominé), de pièces de théâtre, de poèmes et de scénarios. Il vit au Lamentin.

«Les contes défaits» d’Oscar Lalo

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Que dire lorsqu’on sort d’une lecture comme celle-ci ? Dès les premières pages du livre, l’écriture fait penser au théâtre ou à un récital. C’est tout bon, parfois affreux. J’en suis sorti bouleversé, envahi par un sentiment de tristesse, d’impuissance et de révolte. 

Ce livre est horriblement délicieux. Horrible parce que le sujet, une enfance brisée, n’est pas très gai. Délicieux parce que le style est d’une riche finesse. Les phrases sont courtes, précises, sans amphigouris.

Devant ce sujet qui ne laisse pas indifférent, l’auteur, Oscar Lalo, réussit malgré tout à ne pas tomber dans le pathos ou les descriptions crades. Cet ouvrage, selon moi, est l’un des meilleurs que l’on puisse trouver sur le marché littéraire français contemporain, qui traite de ce sujet. Je dirais sans hésiter que ce livre est fou, fou et bon !

 

Extraits :

« Parfois, à défaut de parents, c’étaient des grands-parents qui attendaient sur le quai. Alors nous prenions acte de l’importance des grands-parents. »

« Toutes ces personnes existaient, avaient du relief. Toutes ces personnes affirmaient crânement qu’elles étaient libres. Les punitions qui s’ensuivaient étaient le prix de cette liberté. »

« La libération est venue d’une femme. Elle m’a dit que je pouvais tout dire, même rien. Que, dans ce silence-là, je pouvais exister. Je l’ai laissée parler, car l’idée qu’on pût me vouloir du bien sans m’abuser m’était inaudible. Je lui ai d’ailleurs avoué que je n’entendais pas. Que je n’entendais rien à rien. Que je ne comprenais pas. Que je ne comprenais pas pourquoi je n’entendais rien. Elle me répondit qu’elle, elle entendait. Elle entendait tout ce que je lui disais et, vertu plus précieuse encore, elle entendait surtout ce que je ne lui disais pas. »

Résumé :

Peau d’âme, noire neige, le petit poussé… Il était zéro fois… c’est ainsi que commencent Les contes défaits.
L’histoire est celle d’un enfant et de l’adulte qu’il ne pourra pas devenir.

Je suis sans fondations. Ils m’ont bâti sur du néant. Je suis un locataire du vide, insondable et sans nom, qui m’empêche de mettre le mien. La page reste blanche car tout ce qui s’y inscrit s’évapore.

Sans rien dire jamais de ce qui ne se montre pas, loin de la honte et de la négation, Oscar Lalo convoque avec ses propres mots, pourtant universels, la langue sublime du silence…

Et c’est en écrivant l’indicible avec ce premier roman qu’il est entré de façon magistrale en littérature.

700647355e313436333437363035363532343638L’auteur :

Oscar Lalo a passé sa vie à écrire : des plaidoiries, des cours de droit, des chansons, des scenarii. Quand est venu le moment d’écrire Les Contes défaits, il n’y avait plus de mots disponibles. Alors il les a inventés, et il est devenu écrivain.

Comme un Américain de Karim Dimechkie

Chroniques de livres

Ce livre s’ouvre avec une petite histoire un peu banale, qui prend corps et sens tout à coup quand on découvre la suite de l’histoire. 

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Karim Diemeckie, dès le prologue, nous décrit le décalage entre ce qu’on croit bon pour l’enfant et ce que l’enfant apprécie. Rasheed a fait construire une cabane pour Max, qui ne savait pas quoi en faire :

« imaginer qu’il se trouvait dans un bateau ? Une prison ? Une cachette ? C’était une petite boîte en aggloméré sur pilotis, percée d’une minuscule fenêtre, dotée d’une ouverture circulaire dans le plancher et d’une échelle. Son père avait l’espoir qu’elle révolutionne sa jeunesse et il plaisantait en disant que son fils ne voudrait plus jamais retourner dans leur vraie maison».

Plus loin, Rasheed dit : 

« Si j’avais eu ça quand j’étais gosse, j’aurais été trop content. Trop content. Tu es content ? »

Vu l’enthousiasme du père, Max ne pouvait que hocher la tête et dire un Oui à son père, même si c’est clair qu’il ne le pensait pas. Pas du tout.

En gros, dans ce livre, nous sommes dans une histoire d’amour. Une histoire entre un père et son fils. C’est passionnant, ce n’est pas mal construit. C’est globalement sympathique. J’ai apprécié découvrir des expressions qui m’étaient étrangères. J’ai entre autres fait connaissance avec le mot « syndrome de Down » dont souffre Robby, le fils de M. Yang, qui pour s’excuser de son enfant qui passait souvent sonner tout nu chez les Boulos apportait des poires à Rasheed et son fils Max. Oui, j’ignorais jusqu’ici qu’il y avait un autre nom pour désigner la trisomie 21.

Sans hésiter, même pas une seconde, je vous recommande ce livre.

Extraits :

« Il vida un tube de dentifrice sur le seuil et guetta l’arrivée d’un intrus. Finalement, comme il avait faim, il décida de rentrer à la maison et tacha son pantalon avec le dentifrice au passage. »

« Vivre de manière si efficace, et pendant si longtemps, à distance intermédiaire, l’avait conduit à se considérer comme une personne indiscernable. Une partie du tout. Il ne rêvait nullement qu’il en soit autrement et s’estimait heureux d’avoir trouvé une telle sécurité. Ce n’était plus une stratégie ni un rôle, mais la manière dont il se percevait… »

Le speech :

Max grandit seul avec son père, Rasheed Boulos, sur Marion Street, un quartier à la mixité plutôt joyeuse, entre les affables Yang, une séduisante médecin camerounaise et Coach Tim, l’ami pilier. Amateur de baseball et de burgers, Rasheed refuse de se laisser définir par quelque endroit lointain, parce que « quand on est en Amérique, on est américain ». Il a effacé son passé de manière si radicale que Max ne pense jamais à l’interroger. 

De sa mère, il ne sait rien, sinon qu’elle a été assassinée par des cambrioleurs à Beyrouth, avant leur fuite vers les Etats-Unis. A 17 ans, Max apprend que son père lui a menti, son arbre généalogique n’a pas été complètement déraciné. Cette révélation bouleverse l’univers du garçon qui n’a d’autre choix que de partir pour Beyrouth, la ville des origines, en quête de sa vérité.

fa4a556639d9L’auteur :

Né aux Etats-Unis, de parents franco-libanais, Karim Dimechkie a enseigné l’anglais à Paris avant d’obtenir une bourse de la fondation Michener pour étudier la littérature à l’Université du Texas, à Austin. Il a remporté plusieurs prix pour ses nouvelles, parues dans différentes revues. Comme un Américain est son premier roman. Il vit aujourd’hui à New York.