Chronique : Une histoire d’africanité.

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IllustrationIl y a un débat qui va dans tous les sens. Les gens parlent de l’Afrique avec beaucoup de verbe. Des émotions qui se conjuguent au pluriel. Ça se développe admirablement et parfois avec des approximations. Tout le monde veut avoir raison. Ce n’est pas possible autrement. Il y a le camp des gens qui disent qu’il existe plusieurs Afrique et le camp des autres qui disent qu’il n’y a qu’une Afrique. Le sujet qui remonte le plus, c’est celui du patriotisme africain.

 

Il y a un monsieur qui se dispute avec un autre. Il dit : « c’est à cause des gens comme vous que l’Afrique n’avance pas ». Son interlocuteur lui répond : « c’est ton problème là-bas ». Le monsieur continue en disant : « c’est bien, tu es comme ces gens qui vivent chez les ‘’Blancs’’ et votent pour le FN (front national), hein ? Pauvre de nous Africains ». Son interlocuteur lui répond : « au premier tour de l’élection présidentielle, le FN était en tête au Sénégal. Tu ne vas quand même pas me dire que les Français du Sénégal ne sont que des ‘’Blancs’’ ». Le monsieur : « Arrête de me parler parce que là tu racontes des conneries. Seules 400 personnes ont voté le FN et tu appelles ça être en tête ? ». L’interlocuteur : « toi aussi arrêtes de me parler parce que là tu vas m’énerver. Déjà que je ne vote même pas dans ce pays… »

 

Et voilà que s’est ouvert le sujet de la démocratie et de l’identité. Il y a quelqu’un qui a dit : « Je suis africain avant d’être guinéen ». Un autre a dit : « laissez-moi avec vos conneries là. Je suis moi camerounais d’abord ». Il y a quelqu’un qui a dit que les Camerounais sont atteints du syndrome de Stockholm. Plus précisément, il a employé ce genre de mots : « même s’il y a les élections transparentes au Cameroun, le vieux Biya va toujours gagner. Vous êtes amoureux de votre geôlier ». Ils me demandent où est-ce que je me situe dans leurs causeries. Ils insistent. Je dis que je suis d’abord l’enfant de ma mère, avant d’être aussi celui de mon père, après l’enfant de ma famille, de mon royaume, du pays bamiléké avant d’être celui de mon pays d’origine le Cameroun, de mon pays d’accueil la France, et citoyen du monde ». On me dit que je suis hors sujet. Alors là, irrité, je me tais et j’observe.

 

Il y a un certain Onana qui se dispute l’Afrique avec Jean-Luc. Il est clair qu’ils n’ont pas du tout la même vision de l’Afrique ou pour l’Afrique. Jean-Luc dit : « il faut qu’il y ait davantage d’actions humanitaires vers l’Afrique ». Quant à Onana, il dit : « non, je ne suis pas d’accord. Il faut que cela cesse. Ces machins humanitaires-là salissent le nom de l’Afrique ». Onana continue en disant : « il faut laisser aux Africains le choix de construire leur avenir ». Jean-Luc rétorque en disant : « Je suis d’accord avec le fait qu’il faudrait qu’on nous laisse le choix de construire notre avenir, mais cela ne doit pas damer le fait que le continent a besoin d’humanitaire à l’heure actuelle pour s’en sortir ». Exacerbé, Onana lui dit : « Nous ? Nous quoi ? Tu n’es pas africain ! ». Ces quelques mots ont du mal à être digérés par Jean-Luc. Il est en colère. Il dit : « tu sais quoi de moi ? Qui es-tu pour m’interdire d’être africain ». Les deux protagonistes sont au bord d’en finir avec les mains, dans ce pays où les gens se disent civilisés…

 

Il y a d’un côté Onana qui dit : « je suis africain et fier de l’être ». Et de l’autre côté, il y a Jean-Luc qui dit aussi la même chose. C’est alors là que je me pose la question de savoir ce que veut dire être africain. Qui décide de qui est africain et de qui ne l’est pas ? C’est quoi être africain ? Ça sert à quoi de l’être ou de ne pas l’être. Et pourquoi en être fier ? Etc.

 

Il se dit qu’Onana est né à Yaoundé, capitale de la République du Cameroun. Qu’il a vécu dans cette ville. Qu’il n’est allé à Douala, capitale économique du Cameroun, qu’une à deux fois dans sa vie. Et que c’est à l’âge de vingt ans qu’il s’est envolé pour la France, où il vit depuis une quinzaine d’années. Ce qui veut dire qu’il ne connaît du Cameroun que « Yaoundé » et « Douala ».

 

Il se dit que Jean-Luc est né à Paris. En France. Et lorsqu’il eut quelques mois, sa famille s’est installée à Pointe-Noire, capitale économique de la République du Congo, pour le travail. Et du coup, il a sillonné le pays au gré des affectations de son père, il n’est rentré en France qu’à l’âge de vingt ans. Il se dit, qu’il dit souvent, en parlant de son enfance africaine : « dans ma classe, il y avait plein d’enfants noirs. J’étais le seul Blanc et je me souviens qu’au début les autres venaient tirer ma peau pour voir si le blanc s’enlèverait »…

 

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Les gens de bonne volonté

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Les gens de bonne volonté ;

Il y en a ;

Ils sont nombreux, nombreuses ;

Ils ont un grand cœur ;

Une belle âme ;

Ils sont gentils ;

Oui, il et elle sont gentils.

 

Les gens de bonne volonté ;

D‘Allemagne ;

D’Espagne ;

D’Italie ;

De Norvège ;

De Suède ;

De Belgique : Bruxelles, Bruxelles, Bruxelles ;

Dans les villes et villages de France ;

D’outre-mer et de métropole : Angoulême, Angoulême, Angoulême ;

 

Les gens de bonne volonté ;

Ces gens qui ont le bon goût de l’autre ;

Écoutent et respectent la part humaine de chacun ;

Donnent de leur temps sans compter ;

Se soucient des personnes ;

 

Les gens de bonne volonté ;

Dans les rues de Lima ;

Quito ;

Salvador de Bahia ;

Port-au-Prince ;

Maputo ;

Yaoundé ;

Phnom Penh ;

Varanasi ;

Tokyo ;

 

Les gens de bonne volonté ;

Ici ;

Et ;

Ailleurs ;

Hier ;

Et ;

Aujourd’hui ;

Demain aussi ;

Dans leurs cœurs ;

Dans leurs vies ;

C’est « L’humain d’abord » ;

L’humain d’abord, l’humain d’abord ; 

 

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Ce monde de fric où

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Ce monde de fric où le pauvre est appelé « clandestin » ou « migrant » ;

Ce monde de fric où les gens sont capables de refuser l’appartenance humaine à une personne qui n’a pas le sou ;

Ce monde de fric où il y a des gens qui parlent de sauver la planète à coup de milliards alors qu’ils n’arrivent même pas à éradiquer la famine qui lamine les populations au Soudan et ailleurs ;

Ce monde de fric où certains riches se croient supérieurs aux pauvres ;

Ce monde de fric où les gens rêvent d’être riches, où tout le monde veut s’empiffrer, et s’empiffrer tout seul;

Ce monde de fric où dans la mémoire collective, il est clair que chacun a intégré l’idée selon laquelle réussir sa vie voudrait dire être riche ;

Ce monde de fric où réussir sa vie n’est réservé qu’aux riches ;

Ce monde de fric où seuls ceux qui en possèdent ont le droit de voyager partout dans le monde ;

Ce monde de fric où on veut faire croire aux gens que la modernité serait de travailler sans jamais s’arrêter, sans durée légale du temps de travail ;

Ce monde de fric où la culture n’est réservée qu’aux riches ;

Ce monde de fric où les milliardaires sont des rois pendant qu’il y a des gens qui meurent de faim et de soif tous les jours ;

Ce monde de fric où il n’est pas possible d’imaginer que l’on peut réussir sa vie sans forcément être riche ;

Ce monde de fric où les guerres de fric tuent des innocents ;

Ce monde de fric où le riche a fini par convaincre le moins riche que le problème, c’est le pauvre.

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Chronique. Une histoire de Lègbâ

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©michel tagne foko

 

 

 

 

 

 

Chronique. Une histoire de Lègbâ

Il y a peu, à Angoulême, lors d’une conversation autour de bonnes bières avec des ami.e.s brésilien.ne.s et autres nationalités, je parlais de « Shi Mangan », le dieu du tonnerre dans la partie haute du pays bamiléké au Cameroun. C’est lors de ce genre de causerie qu’on apprend à connaitre d’autres peuples sans nécessairement parcourir des kilomètres pour voir de nos yeux. Quelques jours plus tard, l’écrivain Dany Laferrière fait son entrée en tant qu’immortel à l’Académie française. À cette occasion, il décide d’inscrire sur son épée l’insigne du dieu Lègbâ. Je décide dès lors d’en apprendre un peu plus sur ce dieu qui fascine tant le nouvel académicien. Je commande plusieurs livres sur le sujet. Je me documente. Il y a comme un goût d’inachevé dans les œuvres que je possède. Je prends donc une décision : aller au plus près des gens qui connaissent Lêgba. J’avais le choix entre deux destinations, deux pays : Haïti ou le Bénin. Haïti, ce n’était pas mal comme idée surtout que j’adore Port-au-Prince et le goût des gens qui y sont. Mais j’ai quand même préféré le Bénin parce qu’il se dit que c’est la « terre-mère » du vaudou, même si j’ai souvent passé mon temps à défendre une autre thèse…

Cotonou. Quartier Agla. Nous sommes samedi. C’est la fête dans les grands carrefours inondés de bars. C’est aussi la fête dans une église évangélique qui se trouve juste au pied de notre immeuble. Oui, à Cotonou, les petites buvettes et les églises prospèrent très bien. Il y a quelqu’un qui m’a dit que cela s’appelle : « le développement trois point zéro ». Il a continué en disant : « si on devenait comme Abidjan, ça ne serait déjà pas mal dans le processus. Il paraît que là-bas les gens passent leur temps à danser le coupé-décalé ». Il y a une autre personne qui dit : « il faut bien qu’il y ait un endroit pour que nous puissions dépenser notre argent. Sinon ça servirait à quoi d’en gagner ? » Un monsieur adossé à sa voiture me dit : « Viens plutôt prendre une bière au lieu de faire ton intéressant. Le journalisme est ce genre de métier qui ne nourrit pas son homme ». Puis, il y a eu cette personne qui a dit : « ‘’Mahou’’, c’est dieu, et dieu c’est la vie. Sans vie, tu ne vis pas ! » « On n’a pas l’argent pour aller donner aux féticheurs, alors on va à l’église parce qu’ici au moins c’est gratuit ». « Donne ta vie à Jésus et tu seras sauvé » …

Je décide de rentrer à l’appartement. J’ai un rendez-vous tôt le matin dans un petit bled en banlieue de Cotonou. Je dois rencontrer un féticheur pour qu’il me parle de Lègbâ. Mais pour l’instant, je me vautre dans le canapé en cuir et j’écoute le nouvel album de Brigitte Fontaine, ma chanteuse préférée. C’est le seul CD qui m’accompagne dans ce séjour. Et là, il y a cet air. Il y a ce timbre de voix que j’adore. Il y a ce côté rebelle qui ressort de plus belle. Je déguste, je déguste, je déguste cette chanson : « Au diable dieu. Au diable dieu. Au diable dieu, ce vieux mafieux, roi des picots, secte d’escrocs, de collabos, de niqueurs d’ados. Brûleur de vierge, lécheur de cierge… » Ça me fait du bien. Je ris et je m’endors…

À l’aube, après quelques minutes en voiture, on prend des ruelles étroites. Il y a beaucoup de gens. Des dames galantes en pleines négociations avec leurs clients. Il y a aussi des malades, etc. Nous sommes tous dans une ruelle à attendre. Le féticheur dort encore. Je m’incruste dans une conversation. Je dis : « ça ne vous gêne pas de voir la prostitution à côté d’un lieu de fétiches ? » Vu la grimace qu’ils ont faite, j’ai tout de suite compris que je venais de faire une gaffe. Il y a quelqu’un qui a dit : « ce n’est pas de la prostitution qu’elles sont en train de pratiquer. La prostitution c’est quelque chose de mauvais. Ici, ce sont les vendeuses de haricots. Ce n’est pas pareil ! » Je décide de me taire. Ils se taisent aussi. Ça chuchote. Ça chuchote. Et tout à un coup, il n’y a plus de racolage…

Voilà que se termine mon entretien avec le féticheur. J’ai eu les éléments que je cherchais. Il a été précis et efficace. Je suis tout content. Je me décide maintenant à lui poser la question qui fâche. La même que j’ai posée à ses patients. Il me dit : « Si tu vas à Ouidah, tu verras une église catholique en face du temple des pythons, cela veut bien dire qu’on est tolérants envers les autres. Les autres ne sont pourtant pas tolérants envers nous. Ils passent leurs temps à dire aux gens que nous sommes des diables » …

Nous sommes en fin d’après-midi. Je suis au bar. Je fais des commentaires. Je m’abreuve de bonnes bières. On refait le portrait du président de la République et des politiques. Je ris. Ça rit. On rit. On est contents. Tout va bien. Chacun a réussi à oublier les peines et les soucis du quotidien. Le monde n’est que bonheur. Et le soir venu, on décide tous d’aller danser à l’église. Oui, chez les évangélistes en Afrique et ailleurs, on danse beaucoup et tout le monde est content !

La salle est pleine à craquer. C’est écrit sur une banderole : « Aujourd’hui, jour de délivrance, ta vie va changer. Jésus-Christ t’aime ! » On danse. L’orchestre est génialissime. On est tous contents. Et puis, tout change. L’atmosphère devient funèbre. Il y a le pasteur qui prend la parole et dit : « au nom de Jésus de Nazareth, vous êtes bénis. Que son sang puissant coupe la tête de tous vos ennemis ». Les gens ont dit en chœur : « amen ». Je me dis que c’est juste une métaphore absurde, ce genre de chose qu’on dit pour blaguer. Certains se mettent à crier, tombent en transe, se roulent par terre. Ça prend une forme délirante. Les musiciens jouent la musique de manière absolue. Ça hurle. Etc. Voyant ce pasteur envahi de colère noire, je comprends qu’il est très sérieux dans ce qu’il dit. Je refuse de participer à une sorte d’appel au meurtre ou à un porno linguistique. Estomaqué, je décide donc de m’en aller au plus vite…

En partant, dans un brouhaha despotique, voici ce que j’entends des prières des fidèles : « Oh ! Jéhovah, je t’en supplie, brûle mon ennemi » ; « Jésus-Christ, coupe la tête de mes ennemis afin qu’ils me laissent prospérer dans ma vie » ; « seigneur dieu, prends le contrôle de ma vie, sauve-moi » ; « Écrase mes ennemis. Rends-les handicapés » ; « J’invoque le feu, le feu sur le diable » ; « tue tous ceux qui me veulent du mal » ; « Viens être mon gardien, je t’en supplie », « soigne ma maladie », etc.

Inorie Fotso : « Dans la vraie vie comme dans mes chansons, je prône l’ouverture d’esprit»

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Rencontre à Miami Beach (Floride, États-Unis d’Amérique) avec l’artiste Inorie Fotso, à l’occasion de la sortie de son nouvel album

Renaissance

Miami Beach. Il est 13 h. Il fait beau. Les vagues déferlent onctueusement sur les bords de plage. Le long du parcours, nos pieds dans le sable fin et chaud. Devant nous, un océan bleu azur. Un si bon moment pour un échange au cœur de la Floride.

Inorie Fotso est une artiste chanteuse, chef d’entreprise, actrice, réalisatrice et productrice de cinéma établie aux USA. Elle décida de se frayer elle-même son chemin, empruntant ainsi la voie du show-business.

 

Michel Tagne Foko : Avant de commencer cet entretien sur le fond, parlez-nous un peu de votre parcours artistique.

Inorie Fotso : Chaque jour, j’ai l’opportunité de vivre ma passion aux côtés de gens incroyables, que ce soit en l’exerçant devant une audience ou encore en échangeant avec d’autres artistes. Le but étant pour moi d’inspirer et d’impacter des vies par ce biais. Jusqu’à présent dans le show-business, ce monde du sublime et des rêves hantent mes ambitions depuis ma tendre enfance, me voilà promptement happée, face au rêve américain, face à la réalité. C’est ainsi qu’on me retrouve pour mon premier film dans « American Dream » aux côtés des célèbres artistes et compatriotes « Les Nubians ». Ce film, où ma prestation m’a valu une nomination au festival des films africains dénommé NAFCA AWARDS.

Cette nomination fut un tremplin pour mon accession à la gloire. Ayant tapé dans l’œil de quelques spécialistes, un contrat m’est proposé à la Chewls Model& Management, une maison renommée de mode où plus tard j’occupai le poste de « Chief executive officer ». Une position qui fit de moi l’un des membres du jury de la célèbre « Miss Africa Beauty Pageant », un concours de beauté noire à audience considérable dans l’État de New York.

Puis s’en sont suivis de multiples rôles dans les films de Nollywood, notamment

X-Class » où mon talent est dévoilé au grand public pour y avoir joué le rôle principal aux côtés des vedettes de cette galaxie, à savoir l’acteur ghanéen John Dumelo et l’actrice Nigeria J.J Bunny, pour n’en citer que quelques-uns. Un film à grand succès sur le marché international. Peu après, mon amour pour l’entreuprenariat et la musique prirent le dessus et donnèrent naissance à ma structure de production : In’Fo Entertainment Group. 

Je me suis surtout aperçue que j’étais une touche-à-tout et que tout m’intéressait avec le même engouement. Je demeure curieuse de voir et d’apprendre tout ce que l’on peut faire dans ce métier. Exactement, comme lorsque je suis devant un buffet à volonté, je ne peux pas m’empêcher de goûter d’abord un peu à tout, avant de me resservir en plus grande quantité !

 Michel Tagne Foko : Vous nous présentez aujourd’hui « Renaissance », votre nouvel album. Quel est le fil conducteur de cette œuvre ? Quels messages voulez-vous faire passer ?

Inorie Fotso : En écoutant ce nouvel album, vous constaterez que même s’il y a des morceaux différents, il y a des repères qui vous projettent dans les chansons précédentes. Le fil conducteur ici est le texte et l’identité sonore de l’album. Le fond/concept reste le même, mais c’est la forme qui prend de l’ampleur et change.

Quant au message, mon but est de faire passer des émotions fortes, le vécu du quotidien, les vicissitudes de la vie (l’amour, la haine, la trahison), une énergie intense et particulière. Je suis quelqu’un qui marche à l’intuition et à l’instinct. Dans la vraie vie comme dans mes chansons, je prône l’ouverture d’esprit : je ne veux prendre en compte ni les religions, ni les couleurs de peau, ni les orientations sexuelles des uns ou des autres. Il est vital d’essayer de s’affranchir au maximum de ceux/celles qui croient à l’impossible, alors que le possible est accessible, il est bien réel et réalisable. Il suffit d’y croire, il suffit d’un petit brin de foi.

 Michel Tagne Foko : Lorsqu’on commence à écouter cet album, on constate de suite qu’il y a quelque chose de changé par rapport à vos précédentes chansons. Est-ce volontaire ? 

Inorie Fotso : C’est un disque plus vital, plus varié, on y retrouve des sonorités à saveur Afro Pop dansante, électriques et parfois pléthoriques, mais dans lequel se regroupent des rythmes contemporains. Musicalement, il est plus dense, plus arrangé, mais surtout plus rythmique.

Je soulignerai aussi que cet album est le fruit d’un travail de longue haleine, sous la supervision d’un coaching vocal, d’une équipe dotée de talent et d’expérience. Cette équipe/label a un nom : ZONZEE MUSIC.  Hormis l’aspect professionnel, nous formons maintenant une famille. À noter que sans leurs paroles d’encouragement, et surtout pour cet intérêt qui est le leur de me voir exceller dans le domaine choisi, je n’y serais pas arrivée toute seule. Chaque épreuve est comme une sorte de défi à relever. Le chemin est long certes, mais on avance !

 Michel Tagne Foko : Dans cet album, on constate aussi une reprise. Il s’agit de « Secret Lover ». Pourquoi cette chanson-là, et pourquoi le choix du chanteur sénégalais Wally Seck ?

Inorie Fotso : Avant d’être un artiste talentueux de sa génération, Wally Seck est d’abord mon ami. Sur le plan artistique, ses œuvres et son dévouement pour sa passion sont inspirants et très remarquables. Pour ma part, je n’ai pas vraiment de chanteur préféré, mais plutôt un type de voix qui me fait littéralement fondre, et celle de Wally en fait partie. En découvrant son répertoire musical, l’une des chansons qui m’a marquée le plus est « Impossible Love ». À ce moment précis, il me vint à l’idée de la remixer, mais en l’adaptant à mon type de sonorité. Et c’est comme ça qu’après un entretien fructueux à ce sujet auprès de mon équipe, est née la chanson « Secret Lover » : un extrait de mon album inspiré du titre « Impossible Love » de Wally. J’aimerais aussi souligner que cette chanson n’est pas uniquement une reprise musicale. Celle-ci est plutôt une création de genres musicaux revisités par mon label, qu’ils ont nouvellement baptisé « Afro Rn’b Mbalax ». À travers ce remix, je rends hommage à mon ami/cet artiste talentueux qui impacte positivement sa génération. Ceci est aussi ma façon de le remercier pour cette belle dédicace qu’il m’a faite dans sa chanson « ONLY LOVE », l’un des titres de son dernier album intitulé  » XEL ».

Michel Tagne Foko : Parlez-nous un peu de « Whine up ». À quand le vidéogramme ?  

Inorie Fotso : « Whine up » est la chanson leader de l’album. Un rythme afro pop très dansant qui autorise une grande liberté de mouvement. En parallèle, elle est aussi une chanson dans laquelle j’exprime ma fierté d’être « Bamiléké camerounaise/africaine ! NB : je ne suis pas tribaliste svp, toujours est-il que c’est l’Afrique qui gagne. Sur ce, je vous laisse le temps de la découvrir en attendant le vidéogramme qui est en cours de réalisation.

Michel Tagne Foko : Vous signez toujours avec : « la princesse des Eaux sacrées ». Qu’est-ce que ça signifie ?

Inorie Fotso : Il était une fois un proche, dont je tairai le nom, qui décida de me baptiser « La Princesse des Eaux sacrées » ! Une appellation honorable qui symbolise ma personnalité. L’eau étant la source de vie, son étendue et sa profondeur étant illimitées, sa beauté « au sens propre » étant fascinante… et devinez quoi ? Nul ne connait sa provenance. Ce sont toutes ces caractéristiques qui font son charme et son mystère. Alors, chers lecteurs, permettez-moi de me présenter à nouveau :

Je suis Inorie Fotso, la seule et unique « Princesse des Eaux sacrées »

Michel Tagne Foko : Chacun de nous a une définition qui lui est propre de la culture. Et vous, comment la définissez-vous ?

Inorie Fotso : Il faut déjà faire la distinction entre la culture (culture générale) et les cultures (sens anthropologique, ethnologique), car le terme « culture » véhicule différents sens…

— La culture selon moi est le « savoir » issu des « anciens » (générations d’avant et les précédentes), des croyances, des mythes ou aussi des vérités qui sont transmises via l’instruction ou l’éducation, et souvent aussi via notre entourage social ou familial. De ce fait, elle englobe les arts et les lettres, les modes de vie, les droits fondamentaux de l’être humain, les systèmes de valeurs, les traditions et les croyances, etc.

Michel Tagne Foko : Un mot pour vos fans et lecteurs  

Inorie Fotso : Ce ne sont peut-être que des mots volages aux yeux des uns, mais qui pour moi viennent du fond du cœur. À vous qui m’aimez et me lisez à cet instant, recevez une pluie torrentielle d’amour venant des profondeurs de mon être.

Je vous aime encore plus, et je vous remercie du constant soutien. Pendant que je retiens votre attention à travers ses quelques lignes, je souhaiterais connaitre vos opinions au sujet des styles musicaux que je vous offre dans ce nouvel album. J’aimerais aussi connaitre les rythmes sur lesquels vous souhaiterez me voir chanter. Par ailleurs, j’aimerais également que l’on débatte sur des sujets divers, proposez-moi un thème, un projet que nous pourrons ensemble réaliser au Cameroun et ailleurs. De ce pas, je vous invite pour un échange enrichissant dans le forum de discussion sur mon site web : http://www.inoriefotsoworld.com

À vos claviers… Partez !

Michel Tagne Foko : Votre agenda pour 2017 

Inorie Fotso : Tournées et concerts au rendez-vous ! Les annonces des dates vous seront communiquées incessamment. Restez connectés en permanence à mon actualité.

« Un roman étranger » de Khalid Lyamlahy

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« Un roman étranger » de Khalid Lyamlahyamazon1

« Un roman étranger » de Khalid Lyamlahy

Il est vrai que le sujet principal de ce livre est « l’immigration ». Dès lors que l’on acquiesce cela, on découvre aussi comme autre sujet : « l’insertion ». Et l’angoisse d’être ou de paraître différent !

Ce roman ressemble beaucoup plus à un journal intime. Il est rempli de détails, d’émotions, de redondance, surement une petite faiblesse d’un premier roman, mais dès lors que l’on s’accroche et que l’on est bienveillant, on sort heureux d’avoir découvert cette œuvre !

Le personnage principal découvre, à l’entrée d’un cinéma, quand il doit présenter sa carte d’identité pour bénéficier d’un tarif préférentiel, que son titre de séjour expire dans presque un mois. Et là, va commencer pour lui un long moment d’angoisse et de multiples questionnements…

Il y a aussi, et surtout, dans ce livre, de très belles phrases. Par exemple, il dit de Sophie, cette jeune étudiante dont il est amoureux et à qui il ne sait pas comment avouer sa flamme :

« Pour la première fois, mon regard s’arrête sur ses yeux vert émeraude qui brillent comme deux diamants dans leurs globes. »

Résumé du livre :

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p style= »text-align:justify; »>Qu’est-ce qu’un titre de séjour ? Une pièce d’identité éphémère ou un prétexte pour écrire un roman ? Face à la procédure de renouvellement de son titre de séjour, comment raconter l’engrenage administratif, les allers-retours incessants, la tension insoutenable et l’attente prolongée? Le narrateur, un étranger exilé dans une capitale européenne, lutte pour renouveler son titre de séjour, écrire son premier roman et conquérir un amour impossible. Dans un environnement qui lui devient de plus en plus hostile, il se réfugie dans l’écriture et continue à croire en une possibilité de reconstruction.


L’auteur :

Khalid Lyamlahy est né en 1986 à Rabat (Maroc). Doctorant à l’Université d’Oxford en Angleterre, ses recherches actuelles portent sur la littérature francophone et la théorie littéraire. Il contribue à plusieurs magazines littéraires et revues académiques. Un roman étranger est son premier roman.

 

Lorsque Tshala Muana chante !

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Lorsque Tshala Muana chante ;

Hier ;

Aujourd’hui ;

Et ;

Demain aussi ;

Le rêve, le rêve, le rêve ;

 

Lorsque Tshala Muana chante ;

Un amour ;

Si fort ;

Si tendre ;

Si résistant ;

La nouvelle génération ;

Sur ses pas ;

Marche ;

Cours ;

Saute ;

 

Lorsque Tshala Muana chante ;

Dans les rues de Lubumbashi ;

En passant par Kinshasa ;

Sa voix ensorcelle ;

Hypnotise ;

Fait du bien ;

 

Lorsque Tshala Muana chante ;

Ça voix entraine ;

Ça panse les plaies ;

Vuluka Dilolo ;

Cette chanson ;

Un délice ;

Mille nectars ;

Millions de lucioles !

 

Fatou Diome hausse le ton dans « Marianne porte plainte ! », son nouveau livre.

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Fatou Diome est connu dans le monde pour ses romans. Il y a eu Le Ventre de l’Atlantique en 2003 ; Kétala en 2006 ; Inassouvies, nos vies en 2008 ; Celles qui attendent en 2010 ; Impossible de grandir en 2013, etc.

Après le livre La Préférence nationale et autres nouvelles paru en 2011 aux éditions Présence Africaine, ce nouveau Fatou Diome est aussi un pamphlet.

Le livre s’ouvre et le lecteur découvre tout de suite qu’il ne s’agit pas de fiction, mais de conviction. Le rêve est mis de côté. Surement pour une prochaine œuvre, mais pas là maintenant.

Ici, elle parle de politique.

Il est question de politique.

De beaucoup de politique.

Dans cette nouvelle œuvre, elle crie, mais doucement.

Elle explique, mais doucement.

Elle s’insurge, mais doucement.

Elle rigole, toujours doucement.

En bref, elle parle de la France.

De l’amour qu’elle porte pour ce pays et du sens des mots.

Un livre militant — documenté, d’une plume poétique et parfois humoristique, qui ravira aussi les étudiants en Science Politique.

 

Extraits :

« À vouloir calibrer la société, on la déséquilibre. »

« Ah, ces gourmands invités, à se battre à table, aucune élégance ! Invitez des égoïstes, ils se disputeront les cuisses de poulet, s’approprieront les couverts de votre grand-mère, puis accuseront d’autres de vol pour rester dans vos bonnes grâces ! »

« Honte à ces accueillis pas accueillants, devenus de redoutables diviseurs de la France ! »

« La religion, je me répète, c’est comme les dessous chics, tout le monde peut en avoir, mais nul n’est tenu d’exhiber les siens. »

 

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«Frères migrants », le cri du coeur de Patrick Chamoiseau

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Millions de Lucioles à l’immense humaniste Patrick Chamoiseau. Un écrivain solaire, un nectar ! Son nouveau livre est bouleversant, stupéfiant, poétique à souhait. Un si bon goût de l’Humain !

 » La poésie n’est au service de rien, rien n’est à son service.

Elle ne donne pas d’ordre et elle n’en reçoit pas.

Elle ne résiste pas, elle existe — c’est ainsi qu’elle s’oppose, ou mieux : qu’elle s’appose et signale tout ce qui est contraire à la dignité, à la décence.

À tout ce qui est contraire aux beautés relationnelles du vivant.

Quand un inacceptable surgissait quelque part, Edouard Glissant m’appelait pour me dire : « On ne peut pas laisser passer cela ! » Il appuyait sur le « on ne peut pas ».

C’était pour moi toujours étrange.

Nous ne disposions d’aucun pouvoir.

Nous n’étions reliés à aucune puissance.

Nous n’avions que la ferveur de nos indignations.

C’est pourtant sur cette fragilité, pour le moins tremblante, qu’il fondait son droit et son devoir d’intervention.

Il se réclamait de cette instance où se tiennent les poètes et les beaux êtres humains.

Je ne suis pas poète, mais, face à la situation faite aux migrants sur toutes les rives du monde, j’ai imaginé qu’Edouard Glissant m’avait appelé, comme m’ont appelé quelques amies très vigilantes.

Cette déclaration ne saurait agir sur la barbarie des frontières et sur les crimes qui s’y commettent.

Elle ne sert qu’à esquisser en nous la voie d’un autre imaginaire du monde.

Ce n’est pas grand-chose.

C’est juste une lueur destinée aux hygiènes de l’esprit.

Peut-être, une de ces lucioles pour la moindre desquelles Pier Paolo Pasolini aurait donné sa vie. « 

Patrick Chamoiseau

 

« Les temps de la cruauté », le nouveau Gary Victor

Chroniques de livres, infos

 

 

 

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« Les temps de la cruauté » de Gary Victor

C’est un vrai bonheur de lire cet excellent auteur.

Dans ce nouveau Gary Victor, le réel que l’on peut aussi appeler le concret se mêle à la superstition, surnaturel ou surréalisme. Ça dépendra de chacun. À chacun de comprendre comme il peut.

Le livre s’ouvre avec les mots de Carl Vausier. Il nous livre son histoire du début à la fin. C’est une personne qui a fait des études. Il écrit des livres. Il vit à Port-Au-Prince, capitale politique d’Haïti. Il Parle. Il nous parle. Avec ses mots. Oui, avec ses verbes et sa singularité. Il nous parle tout simplement, comme monsieur tout le monde. Il est certes écrivain, mais là, il n’est pas en train d’écrire un livre. Non, du tout. Il parle de ce qu’il a vécu et de ce qu’il vit. Ce qu’il dit est là. Il le dit. Subitement, le lecteur, celui-là qui lit ce qui est écrit, voit. Voit l’image de ces scènes qui sont là. Posé là avec un niveau de compréhension accessible à tous. Il parle tout simplement comme dans la vraie vie. Et c’est beau. Que c’est bon !

Carl Vausier a rencontré Valencia dans un cimetière. C’est une dame galante qui se bat comme elle peut pour survivre dans ce monde où seuls les plus forts ont le plus de chance de s’en sortir. Dans ce cimetière, son lieu de travail ou lieu de survie, les clients viennent rechercher la chance. Eh oui, il se dit que son entrejambe porte chance !

La relation que Carl entretient avec Valencia n’a rien de sexuel et ne contient aucune superstition. Il est en pleine dépression, dégression, pour mieux dire, il est paumé. Très paumé. Il voit dans l’aide qu’il veut donner à Valencia une sorte de rédemption, un nouveau souffle qui lui permettrait de rebondir…

Pour faire cours, pour faire simple, on peut dire que ce livre est la grande histoire de deux personnes paumées…

Cette œuvre pourrait même être considérée comme une grande histoire d’Amour, c’est un gros coup de cœur !

La fin laisse un peu sur la faim. À la fermeture de cet ouvrage, on pourrait se dire : « Il me faut aller rencontrer Gary Victor à Port-au-Prince (Haïti) pour qu’il me raconte une autre fin. Pour qu’il me parle davantage de Valencia. Qu’il me promette au moins la suite, un tome 2 ! ».

 

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