Maman, borde-moi !

Maman, borde-moi !

Je refuse de grandir et d’affronter ce monde où l’on est tous devenus fous, au Cameroun.

Maman, borde-moi !

Ce matin, dans le nord-ouest du pays, il y a encore eu des tirs de Kalachnikov, et comme toujours, des innocents ont rendu l’âme.

Maman, borde-moi !

Cette contrée m’effraie, le tribalisme est devenu décomplexé ; les gens se sont mis à penser avec leurs ethnies, et non plus en tant qu’être humain.

Maman, borde-moi !

Ils sont partout, que ça soit dans l’administration ou dans le secteur privé, ils ont accaparé toutes les richesses du pays. Et nous n’avons rien, rien du tout, et en plus de ça, ils nous privent de liberté, et ne supportent pas de nous voir vivants et joyeux.

Maman, borde-moi !

Dans nos terroirs, les droits humains ne sont qu’un leurre, tous les vrais opposants finissent toujours en prison. Porter critique sur une politique voudrait dire accepter de s’exiler pour toujours, ou bien rester et passer des séjours au cachot, se faire intimider et torturer à satiété.

Maman, borde-moi !

Ne me lâche pas, serre-moi bien fort dans tes bras… Si un éminent juriste, avocat international, comme le professeur Maurice Kamto, croupit dans une geôle au Cameroun parce qu’il a participé à une manifestation pacifique, quel est donc le sort qui nous est réservé, nous pauvre rien ?!

Maman borde-moi !

Dans cette sphère capitaliste où même la honte n’existe plus, le despote humilie et tue des êtres humains, sans-gêne… le système mondial lui trouve toujours une excuse. C’est donc ça le deal entre le tyran et le colon : le fric avant la vie des miséreux ?

Maman borde-moi !

Je ne suis pas membre d’un parti politique, à part les mots, je n’ai plus rien, et ça fait plus de dix ans que je milite, et puis c’est tout, mais ça ne sert à rien. Les puissants, ces gens qui se prennent pour des dieux sur terre, ne veulent rien entendre. Ils sont heureux entre eux, et c’est le plus important, selon eux.

Maman borde-moi !

Que je puisse continuer à rêver d’un monde juste, afin que la commisération ne me quitte jamais, et que l’appât du gain ne me fasse jamais renier mes convictions !

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Maman, borde-moi !
LE QUOTIDIEN JULIA
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