Le despote de Yaoundé —.

 

Il se prend pour Dieu. Il traite sa population « d’apprenti sorcier », de « terroriste ». Il est l’acteur majeur du génocide en cours dans son pays, dans le Sud-Ouest et le Nord-Ouest. Il opprime ses opposants politiques, jette les homosexuels en prison, s’immisce dans le traditionnel. Il a réussi à massacrer les cultures animistes. Cultures qui avaient pourtant résisté à la colonisation. Il a commencé par remplacer « roi », par chef. « Royaume », par village. Ensuite, il s’est mis à choisir quel « village » était de « premier degré », de « deuxième degré », de « troisième degré »… pour clôturer, il alloue une allocation aux chefs qui chantent ses louanges au quotidien…

 

Il a placé sa famille et ses amis à tous les postes les plus juteux de la république. Il nomme des morts, par décret, à des postes de responsabilité. Il passe son temps à Genève, en Suisse. Il est celui qui dépense environ soixante-cinq millions de dollars en déplacements alors que 50% de sa population vit en dessous du seuil de pauvreté…

 

Il est là. Debout. Dans son costume. Il vacille fréquemment sur ses jambes. Assis. Souvent. Il bombe son torse. Il a du mal à respirer. Son ventre est rempli de soupe. Il se sent puissant. Il se prend pour un roi, et pourtant, nous sommes en république. Il s’exécute rarement. Il est attendu partout. Il n’y va pas souvent. Le jour où il décide d’honorer de sa présence, sa nonchalance et son air de supériorité crèvent l’écran. Il se sent irremplaçable. Il se prend pour Dieu. Ça plaît à son entourage. Ça titille. Ça rend heureux. Après trente-cinq ans, comme président de la République, ils en veulent encore…

 

Il ne donne jamais des meetings. Il n’aime pas ça. De plus, il n’a plus la force pour ce genre de truc. Et c’est un fait. Il préfère que l’on se prosterne à ses pieds. Ça lui donne un semblant de réconfort. Il aime voir l’autre souffrir. Ça lui permet de relativiser son propre sort. Parce que, en vrai, il se bat contre lui-même. C’est quelque chose d’horrible. Il a peur du noir. Il a peur de la lumière. Il a peur de la mort. C’est pour cela qu’il s’accroche à cette fonction.

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Le despote de Yaoundé
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Le despote de Yaoundé
Description
Le despote de Yaoundé —. Il est l’acteur majeur du génocide en cours dans son pays, dans le Sud-Ouest et le Nord-Ouest. Il opprime ses opposants politiques, jette les homosexuels en prison, s’immisce dans le traditionnel.
Auteur
LE QUOTIDIEN JULIA