« La rentrée littéraire 2018, ma sélection… », par Michel Tagne Foko

Parmi les 600 livres de la Rentrée Littéraire 2018, découvrez ma sélection. 

ICI, il y a dix œuvres, des délices !

 

 

1 – « Un tournant de la vie» de Christine Angot

« Je traversais la rue…

Vincent passait sur le trottoir d’en face.

Je me suis arrêtée au milieu du carrefour.

J’étais là, figée.

Le cœur battant.

Je regardais son dos qui s’éloignait.

Torse large, hanches étroites, il avait une stature impressionnante.

J’aurais pu courir, le rattraper.

Il a tourné au coin de la rue.

Je suis restée debout, les jambes coupées.

Les yeux fixés sur la direction qu’il avait prise.

Je tremblais.

Je n’arrivais plus à respirer.

J’ai pris mon téléphone dans mon sac, j’ai appelé une amie. »

 

 

 

2 – «Sujet inconnu » de Loulou ROBERT

J’avais huit ans quand j’ai su que je ne finirais pas mes jours ici.

Qu’ici je ne deviendrais personne.

Qu’ici je n’aimerais personne.

Qu’ici, rien.

Je ne ressentirais rien.

J’avais huit ans et j’ai décidé de partir un jour.

J’ai choisi de ressentir.

J’ai choisi de souffrir.

À partir de là,  je suis condamnée à cette histoire. 

Sujet inconnu, c’est, dans un style brut et très contemporain, l’histoire d’un amour qui tourne mal.

Entre jeux de jambes et jeux de mains, l’héroïne de ce roman boxe, court, tombe, se relève, danse, au rythme syncopé de phrases lapidaires et d’onomatopées.

Plus la violence gagne le récit, plus on est pris par cette pulsation qui s’accélère au fil des pages.

Un roman écrit d’une seule traite, d’un seul souffle, dans l’urgence de gagner le combat, dans l’urgence de vivre, tout simplement.

 

 

 

3 – «Dix-sept ans » Éric Fottorino

« Lina n’était jamais vraiment là.

Tout se passait dans son regard.

J’en connaissais les nuances, les reflets, les défaites.

Une ombre passait dans ses yeux, une ombre dure qui fanait son visage.

Elle était là mais elle était loin.

Je ne comprenais pas ces sautes d’humeur, ces sautes d’amour ».

 

Un dimanche de décembre, une femme livre à ses trois fils le secret qui l’étouffe.

En révélant une souffrance insoupçonnée, cette mère niée par les siens depuis l’adolescence se révèle dans toute son humanité et son obstination à vivre libre, bien qu’à jamais blessée.

Une trentaine d’années après Rochelle, Eric Fottorino apporte la pièce manquante de sa quête identitaire.

A travers le portrait solaire et douloureux d’une mère inconnue, l’auteur de Korsakov et de L’homme qui m’aimait tout bas donne ici le plus personnel de ses romans.

 

 

 

4 – «Les cigognes sont immortelles »  Alain Mabanckou

À Pointe-Noire, dans le quartier Voungou, la vie suit son cours.

Autour de la parcelle familiale où il habite avec Maman Pauline et Papa Roger, le jeune collégien Michel a une réputation de rêveur.

Mais les tracas du quotidien (argent égaré, retards et distractions, humeur variable des parents, mesquineries des voisins) vont bientôt être emportés par le vent de l’Histoire.

En ce mois de mars 1977 qui devrait marquer l’arrivée de la petite saison des pluies, le camarade président Marien Ngouabi est brutalement assassiné à Brazzaville.

Et cela ne sera pas sans conséquences pour le jeune Michel, qui fera alors, entre autres, l’apprentissage du mensonge.

Partant d’un univers familial, Alain Mabanckou élargit vite le cercle et nous fait entrer dans la grande fresque du colonialisme, de la décolonisation et des impasses du continent africain, dont le Congo est ici la métaphore puissante et douloureuse.

Mêlant l’intimisme et la tragédie politique, il explore les nuances de l’âme humaine à travers le regard naïf d’un adolescent qui, d’un coup, apprend la vie et son prix.

 

 

 

5 – « La marcheuse » de SAMAR YAZBEK

Rima aime les livres, surtout Le Petit Prince et Alice au pays des merveilles, le dessin et… marcher.

La jeune fille, qui ne parle pas, souffre d’une étrange maladie : ses jambes fonctionnent indépendamment de sa volonté, dès qu’elle se met à marcher elle ne peut plus s’arrêter.

Un jour d’août 2013, alors qu’elle traverse Damas en bus, un soldat ouvre le feu à un check-point.

Sa mère succombe sous les balles et Rima, blessée, est emmenée dans un hôpital pénitencier avant que son frère ne la conduise dans la zone assiégée de la Ghouta.

Et c’est là, dans cet enfer sur terre, que Rima écrit son histoire.

 

À travers la déambulation vive et poétique de cette adolescente singulière dans l’horreur de la guerre, Samar Yazbek continue son combat pour exposer aux yeux du monde la souffrance du peuple syrien.

 

 

 

6 – «Les exilés meurent aussi d’amour » Abnousse Shalmani

« Ma mère était une créature féerique qui possédait le don de rendre beau le laid.

Par la grâce de la langue française, je l’avais métamorphosée en alchimiste.

C’était à ça que servaient les mots dans l’exil : combattre le réel et sauver ce qui restait de l’enchantement de l’enfance. »
  
Shirin a neuf ans quand elle s’installe à Paris avec ses parents, au lendemain de la révolution islamique en Iran, pour y retrouver sa famille maternelle.

Dans cette tribu de réfugiés communistes, le quotidien n’a plus grand-chose à voir avec les fastes de Téhéran.

Shirin découvre que les idéaux mentent et tuent ; elle tombe amoureuse d’un homme cynique ; s’inquiète de l’arrivée d’un petit frère œdipien et empoisonneur ; admire sa mère magicienne autant qu’elle la méprise de se laisser humilier par ses redoutables sœurs ; tente de comprendre l’effacement de son père… et se lie d’amitié avec une survivante de la Shoah pour qui seul le rire sauve de la folie des hommes.
  
Ce premier roman teinté de réalisme magique nous plonge au cœur d’une communauté fantasque, sous l’œil drôle, tendre, insolent et cocasse d’une Zazie persane qui, au lieu de céder aux passions nostalgiques, préfère suivre la voie que son désir lui dicte.

L’exil oserait-il être heureux ?

 

 

7 – «Quatre-vingt-dix secondes » de Daniel Picouly

« Le diable a bu du rhum.

On a souillé les églises, déterré les cadavres.

Saint-Pierre doit se repentir.

Tandis que je crache de la boue et du feu, que je ravage les champs, les bêtes et les hommes, ils battent des mains comme des enfants à Carnaval.

Ils oublient de redevenir des animaux sages, de faire confiance à leur instinct.

Fuyez !

Je suis la montagne Pelée, dans trois heures, je vais raser la ville.

Trente mille morts en quatre-vingt-dix secondes. »

Avec une verve baroque et vibrante, Daniel Picouly, prix Renaudot pour L’Enfant Léopard, incarne l’épopée terrifiante de la Montagne Pelée, force mythologique, dans un roman foisonnant aux résonances étrangement actuelles.

 

 

 

 

8 – «L’Évangile selon Youri» de TOBIE NATHAN

Élie : vieillissant, désabusé, divorcé, désencombré des illusions sur la vie.

Voici comment on pourrait décrire ce psy aux méthodes particulières qui dirigea longtemps un centre d’ethnopsychiatrie au coeur de Paris.

C’est un spécialiste en « étrangeté ».

Un petit migrant roumain, aux cheveux hirsutes et aux yeux immenses de clarté, va dérouter Élie, autant que ses compagnons du quotidien, le fripier Samuel tenant boutique boulevard Arago,

Le-Poète jamais avare d’une récitation, ou Le-Professeur et ses problèmes cardiaques.

Oui, un garçon de dix ans, silencieux et intense.

Est-ce lui qui déplace les tables à distance, fait exploser les pierres précieuses des colliers ou guérit les maladies les plus réfractaires d’un doigt posé sur la plaie ?

Sorcier ou « immigré nouvelle génération » ?

Imposteur ou messie de nos temps troublés ?

Il faut prendre garde aux étrangers que nous croisons : parmi eux se cachent des êtres d’exception.

 

 

 

 

9 – « Les idéaux » Aurélie Filippetti

Une femme, un homme, une histoire d’amour et d’engagement.

Tout les oppose, leurs idées, leurs milieux, et pourtant ils sont unis par une conception semblable de la démocratie.

Au cœur de l’Assemblée, ces deux orgueilleux se retrouvent face aux mensonges, à la mainmise des intérêts privés, et au mépris des Princes à l’égard de ceux qu’ils sont censés représenter.

Leurs vies et leurs destins se croisent et se décroisent au fil des soubresauts du pays.

Lorsque le pouvoir devient l’ennemi de la politique, que peut l’amour ?
 

 

 

 

 

10 – « Avec toutes mes sympathies » Olivia de Lamberterie

Les mots des autres m’ont nourrie, portée, infusé leur énergie et leurs émotions.

Jusqu’à la mort de mon frère, le 14 octobre 2015 à Montréal, je ne voyais pas la nécessité d’écrire.

Le suicide d’Alex m’a transpercée de chagrin, m’a mise aussi dans une colère folle.

Parce qu’un suicide, c’est la double peine, la violence de la disparition génère un silence gêné qui prend toute la place, empêchant même de
se souvenir des jours heureux.

Moi, je ne voulais pas me taire.

Alex était un être flamboyant, il a eu une existence belle, pleine, passionnante, aimante et aimée.

Il s’est battu contre la mélancolie, elle a gagné.

Raconter son courage, dire le bonheur que j’ai eu de l’avoir comme frère, m’a semblé vital.

Je ne voulais ni faire mon deuil ni céder à la désolation.

Je désirais inventer une manière joyeuse d’être triste.

Les morts peuvent nous rendre plus libres, plus vivants. »

 

« La rentrée littéraire 2018, ma sélection… », par Michel Tagne Foko

Sommaire
Date
Article examiné
« La rentrée littéraire 2018, ma sélection… », par Michel Tagne Foko ; Christine Angot, Loulou ROBERT, Alain Mabanckou, Aurélie Filippetti, TOBIE NATHAN
LE QUOTIDIEN JULIA
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