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À quoi bon écrire, si on ne peut pas militer un peu ?

people-1031169_1280Le 13 novembre, j’étais heureux. Toute la journée, j’étais dans les nuages. J’étais tellement bien que je me demandais s’il me fallait le soir commencer par visionner l’adaptation cinématographique qu’avait réalisée David Frankel ou lire le livre. C’était beau d’avoir le choix entre deux choses qui semblaient magnifiques, surtout quand on sait que c’est partant d’un grand hasard, que j’avais découvert cette œuvre de Lauren Weisberger, que j’avais entassé parmi de grands romans de comédie dramatique.

Finalement, j’avais commencé par le livre. À la 256e page, sur un coup de tête, j’ai arrêté la lecture et allumé la télévision. C’était l’heure de visionner le film et de faire les comparaisons. C’est donc comme dans une scène de polar, genre littéraire que je n’aime pas et ne lis jamais, que les images de l’horreur qui se déroulait à Paris ont défilé sous mes yeux. Devant cette barbarie, j’avais honte d’être un être humain. J’avais le cœur noué par ces gens horrifiés qui se trouvaient à ces endroits. Au bataclan, à ce moment-là, il n’y avait certainement pas encore 130 morts. J’ai donc assisté, comme beaucoup de gens devant leur télévision, à un moment terrifiant. Je n’avais plus envie de lire ou de visionner des films. Mes pensées étaient pour les victimes, les familles et les proches.

J’étais invité à la fin de la semaine qui suivait en Vendée. Plusieurs personnes m’attendaient pour la sortie de mon prochain livre. Ce rendez-vous avait été calé plusieurs mois à l’avance. La mairie de Beaulieu-sous-la-Roche avait même communiqué sur l’évènement. Les hommes et femmes de médias étaient informés et ils devaient être présents. Le libraire, dans une sorte de résilience, m’avait donc appelé au début de la semaine, pour savoir si je serai toujours présent le week-end. D’un orgueil proverbial, je lui ai confirmé que je viendrai : « Ce ne sont pas les terroristes qui vont dicter mon emploi du temps, il faut oser son quotidien et montrer à ces fous qu’ils ont échoué ! ». Ce discours, c’était avant de contacter une gentille journaliste (oui, je sais que ce mot est très souvent oublié, pourtant ça fait partie des mots qui nous font être des humains.). Je lui ai proposé de lui envoyer une chronique au sujet des attentats. Elle m’a d’abord dit : « Je ne sais pas si cela va passer ». Oui, elle me l’a dit. Je ne lui en veux pour rien, car c’est plus facile d’avoir des tribunes quand on veut vomir sa haine des étrangers en public que quand on veut militer un peu. Tout était Okay, j’allais donc lui envoyer une chronique que je n’avais pas encore écrite. Des propositions de tribunes libres, dans des quotidiens, me sont arrivées ensuite. Je ne savais plus trop quoi écrire, la situation était tellement moche que j’avais perdu mon sens du verbe. Ma tête était vidée de toute substance intellectuelle, comme si mon cerveau était anesthésié. Plus envie de défendre mon prochain livre. J’ai donc appelé le libraire pour annuler ma venue. Malgré le fait qu’il ait hurlé, ça se sentait qu’il était en colère, il a fini par respecter mon choix.

Christine Angot a publié dans les colonnes du journal le Monde, une chronique intitulée « Belle équipe ». Elle a dit, entre autres : « on n’est pas musulman, on n’est pas juif, on n’est pas catholique, on n’est pas blanc, on n’est pas homme, on n’est pas femme. On joue en équipe, et notre équipe, c’est l’équipe de France ». C’est par ces quelques mots qu’elle a su réconforter mon cœur. Comme quoi, il suffit d’une petite phrase pour se sentir mieux. Quelques heures plus tard, je reçois un message m’invitant à participer à une rencontre en petit comité, avec Valérie Pécresse, ancien ministre sous Sarkozy, députée des Yvelines, et candidate à la région Île-de-France. Au départ, cette invitation m’a fait plaisir. Après maintes réflexions, même si je reconnais qu’un militant fait en quelque sorte de la politique, je suis revenu sur ma décision et j’ai décliné l’invitation. C’était très tôt pour moi d’entendre quelqu’un parler de projet politique, sans songer à une récupération, étant donné que les élections régionales sont proches. Me suis-je trompé ? Ou pas ? Vu le discours de Mme Pécresse dans les médias le lendemain, qui fait un rapprochement simpliste entre les fraudeurs du métro et le terrorisme, je me dis que je n’ai peut-être pas eu tort de rester chez moi, à relire « L’île d’elle » de Regis Délène Bartholdi.

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