Publicités
Skip to content

«Comment en est – on arrive là ?» de Michèle Cotta

cottamichele-commentonenestarrivela-9782221191101_0Femme de conviction et observatrice aguerrie de la vie politique dont elle connaît intimement la plupart des protagonistes, Michèle Cotta tient de longue date un journal : ses Cahiers secrets de la cinquième République, recueil d’observations, de choses vues où elle consigne ses réflexions, ses rencontres et les confidences qui lui sont faites. Ce volume concerne la période la plus récente de notre histoire nationale et prend en cela la valeur non seulement d’un document historique mais aussi d’un livre d’actualité immédiate. 
De l’élection de François Hollande à l’été 2016 et aux préparations de la primaire à droite sur fond de désarroi gouvernemental persistant, la journaliste décrypte quasiment au quotidien les ressorts d’une incroyable dérive politique de quatre années où l’obsolescence des idées se conjugue à l’impuissance des gouvernants et où l’anarchie des ambitions entretient des rivalités ouvertes jusqu’au plus haut niveau de l’Etat. 
Tandis que l’opposition devient le théâtre d’affrontements internes autour d’un leader, Nicolas Sarkozy, en quête de retour face à la montée en puissance de son rival de toujours, Alain Juppé. Michèle Cotta relate les péripéties de cette lutte au couteau, évoque ses échanges avec l’ancien Président comme avec l’ancien Premier ministre. Mais l’essentiel de son livre gravite autour de celles et ceux qui ont en charge la direction du pays depuis 2012. 
Femme de gauche, Michèle Cotta ne cache ni ses colères ni son désarroi face aux désordres et aux dysfonctionnements auxquels elle assiste.  » J’ai l’impression d’écrire la chronique du Bas Empire, avoue-t-elle. La vie politique n’a jamais été à ce niveau.  » Elle montre comment le sort du quinquennat de François Hollande, rattrapé par les démons d’une vie privée qu’il n’a pas su contrôler, s’est joué dès les premières semaines de son mandat. 
Après que son avion en partance pour Berlin a subi la foudre – la journaliste nous fait revivre dans le détail cette scène hallucinante -, François Hollande, prévenu par Nicolas Sarkozy lors de leur passation de pouvoir du caractère  » terrible  » de la fonction présidentielle, voit s’accumuler les déboires et surgir autour de lui les divisions et les contestations de sa propre autorité. Il ne connaît aucun état de grâce, amorçant très vite sa chute vertigineuse dans les sondages avant de perdre peu à peu le contact avec les Français. 
L’auteur montre comment le nouveau chef de l’Etat est d’emblée confronté à une double contestation de son autorité : à gauche par Martine Aubry qui a mal digéré sa défaite aux primaires, à droite par une opposition qui ne supporte pas d’avoir perdu et fait un procès d’illégitimité permanent au vainqueur du 6 mai. Mais elle constate dans le même temps l’incroyable résistance aux épreuves d’un Président que tout contribue pourtant à affaiblir. 
Elle essaie de décrypter la véritable personnalité de cet homme qu’elle connaît bien mais découvre dans l’exercice du pouvoir, son caractère indéchiffrable et faussement serein, ondoyant et pourtant obstiné, son apparente indifférence voire son insensibilité face aux échecs qu’il subit et à l’incompréhension qu’il suscite, ses ruses et ses faiblesses. Un roc, comme le disent certains de ses amis, ou un être faible et incapable de choisir comme le croient ses adversaires politiques qui a l’instar de Jean-Louis Debré voient en lui le  » maillon faible  » du système ? Lors de son entretien le plus récent avec Michèle Cotta, début 2016, François Hollande dresse le bilan de ses quatre premières années de pouvoir en l’estimant au final positif tout en convenant de ses échecs. 
Défenseur d’une social démocratie à la française, il distille des jugements peu amènes sur une gauche dans l’ensemble réticente aux contraintes du pouvoir et craignant de  » se salir  » en l’exerçant. Manuel Valls figure aussi parmi les interlocuteurs réguliers de Michèle Cotta et c’est un de ceux qui se livre le plus librement, sans langue de bois. Devant elle il analyse et dissèque les fiascos comme les réussites du quinquennat sans ménager le chef de l’Etat dont il parle avec une grande liberté de ton. 
Sans cacher qu’il envisagea sérieusement de quitter le gouvernement lors de l’affaire Leonarda. Michèle Cotta apporte quantité de révélations sur la façon dont certaines réformes ou décisions emblématiques ont été prises et souvent mal engagées – de celle portant sur la déchéance de nationalité à la loi sur le Code du travail dite loi El Khomri. Elle constate aussi le paradoxe qui veut que les Français ne cessent d’aspirer au changement tout en se montrant réticents aux réformes et déclarent aimer la jeunesse tout en s’apprêtant peut-être à élire en 2017 un Président septuagénaire. 
Si elle n’a pas succombé au charisme d’Alain Juppé avec qui elle relate une entrevue décevante, elle ne cache pas être « tombée sous le charme » d’Emmanuel Macron qui la reçoit longuement au printemps 2016 et se confie à elle entre autres sur ses relations avec François Hollande. Publié à quelques semaines des primaires à droite et dans une période où le chef de l’Etat n’aura probablement pas encore précisé ses intentions, cet ouvrage offre autant de clés pour comprendre les enjeux d’une fin de mandat où se joue plus que jamais le sort de notre pays, tiraillé entre pessimisme sur son avenir et sa place dans le monde et conscience des mutations qu’il doit opérer et du potentiel qui reste le sien.

Publicités

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :